Le purgatoire est une croyance de l’église catholique. Y adhérez-vous ? Pensez-vous que vous irez au purgatoire après votre mort ?

Savez-vous exactement ce que le magistère catholique entend par « purgatoire » ?

Et surtout, savez-vous ce que la Bible nous en dit ?

 

1. De la représentation populaire à la doctrine.

 

D’abord, que mettez-vous derrière ce mot « purgatoire » ?

La plupart des gens, du moins dans nos pays de tradition catholique, considèrent qu’il y a trois catégories de défunts :

  1. les gens « parfaits », qui ont atteint l’excellence de la vie chrétienne et qu’on appelle les « saints ». Ceux-ci auraient leur « ticket direct » pour le paradis.
  2. il y aurait également (du moins, selon l’opinion de ceux, peu nombreux, qui croient encore à l’enfer) une petite minorité de gens foncièrement mauvais, destinés à la damnation éternelle.
  3. entre ces deux extrêmes se situerait la grande majorité de l’humanité, dirigée après la mort dans une sorte de « lieu intermédiaire ». Ce lieu de « deuxième chance » ou de « rattrapage » serait ouvert à tous ces gens, qui n‘étaient pas forcément croyants ni exemplaires moralement, mais que l’on qualifierait de personnes de « bonne volonté ». Il leur serait offert la possibilité de se racheter, de se purifier des fautes commises pendant leur vie. Cette étape du purgatoire serait le moment pour ces âmes de s’ouvrir à une vérité sur Dieu qu’elles auraient soit relativisée (« peu importe si Dieu existe, je verrai bien après ma mort ! ») soit rejetée, soit méconnue, durant leur existence terrestre.

Voici grosso modo la croyance populaire au sujet du purgatoire.

Nous allons maintenant regarder brièvement ce que l’église catholique invite à croire de manière officielle dans sa doctrine du purgatoire. Et il faut dire qu’il y a un vrai décalage entre la conception populaire et la doctrine.

Voici comment le catéchisme de l’église catholique expose de manière simple sa définition du purgatoire:

CEC 1030 : Ceux qui meurent dans la grâce et l’amitié de Dieu, mais imparfaitement purifiés, bien qu’assurés de leur salut éternel, souffrent après leur mort une purification, afin d’obtenir la sainteté nécessaire pour entrer dans la joie du ciel.

En résumé :

  • le purgatoire correspond à une purification finale après la mort. Le mot «purgatoire » vient de l’expression latine « locus purgationis » (« lieu de purification ») employée pour la première fois par le pape Innocent IV en 1254. Mais pour échapper à une perspective trop spatio-temporelle (on a jadis comptabilisé les « années » de purgatoire), le magistère moderne parle plus volontiers de « voie de purification »[1],  ou « d’état »[2] de purification.

  • le purgatoire est réservé à des âmes qui sont ultimement destinées au salut, mais qui ne peuvent entrer immédiatement dans la communion plénière avec Dieu.

Ces âmes ont l’assurance d’accéder tôt ou tard au paradis, une fois que leur temps de purification sera achevé.

Pourquoi ont-elles cette assurance malgré tout ? Parce que, selon l’église catholique, il s’agit de personnes qui sont mortes « dans un état de grâce et d’amitié avec Dieu ». Du point de vue du magistère, on a affaire à de véritables croyants, qui ont cherché à conformer leur vie le plus possible aux commandements de Dieu, qui ont adhéré à ce que l’église catholique enseignait et pratiqué ce qu’elle demandait. Ou alors ce sont des personnes qui ont connu juste avant leur mort une conversion radicale.

N’entre donc pas au purgatoire qui le veut ! Il n’est pas question ici d’un large boulevard pour tous les hommes de « bonne volonté » ; il s’agit au contraire d’un chemin étroit.

En somme, la conception populaire a eu tendance à largement démocratiser le purgatoire, alors que, selon la doctrine officielle, c’est une réalité sinon « aristocratique », du moins sélective – même si on est ici en deçà de la perfection des saints.

Voici donc, en bref, ce que l’église catholique met derrière le concept de purgatoire.

Ce cadre étant posé, nous vous invitons à examiner les quelques textes bibliques qui sont mis en avant par le magistère de l’église catholique pour appuyer une telle doctrine.

 

2. Les trois piliers bibliques de la doctrine du purgatoire

 

Dans le catéchisme (approuvé par le pape Jean-Paul II en 1992), nous trouvons trois références majeures tirées des Ecritures. Ce sont en quelque sorte les trois « piliers » bibliques du purgatoire. Nous allons les regarder de près afin d’en évaluer la pertinence.

 

2. 1. « Sauvé, mais comme à travers le feu » (1 Co 3, 15)

Le premier texte que l’église catholique cite en lien avec le purgatoire est dans les épitres de Paul:

Si son œuvre est consumée, il en subira la perte ; quant à lui, il sera sauvé, mais comme à travers le feu.

1 Co 3, 15
L’église catholique voit l’évocation du purgatoire dans ces derniers mots : « il sera sauvé, mais comme à travers le feu. » Cette référence apparait en note de ce paragraphe du Catéchisme:

CEC 1031 : La tradition de l’Eglise, faisant référence à certains textes de l’Ecriture, parle d’un feu purificateur.

« Sauvé mais comme à travers le feu » : nous vous invitons à ne pas vous arrêter à ces quelques mots de Paul, ni même au verset complet, mais à en considérer le contexte. Or, quel est le contexte dans lequel Paul nous parle ?

C’est un contexte propre à l’église de Corinthe: si l’on regarde le début du chapitre 3, on voit qu’il y a des rivalités au sein de cette communauté chrétienne relativement immature. Certains groupes se revendiquent de la paternité de Paul, d’autres de la paternité d’Apollos, et une sorte de compétition semble avoir surgi entre ces clans. Or, l’intention de Paul à travers ce passage est d’abord de couper court à un tel état d’esprit : Paul, Apollos et tous les autres ne sont à ses yeux que des coopérateurs de Dieu, tous également dépendants de sa grâce pour la fécondité de leur travail. Deuxièmement, Paul affirme que chacun de ces leaders aura des comptes à rendre à Dieu : Dieu jugera chacun pour ce qu’il aura fait. C’est ici une manière de dire aux chrétiens de Corinthe: « Peu importe les jugements que vous portez sur nous, Dieu est le seul véritable juge ».

C’est dans cette perspective que Paul va parler d’un feu, en nous disant qu’au grand Jour (c’est-à-dire au moment où Christ reviendra pour exercer son jugement), il y aura effectivement un feu qui viendra tester, et par le fait même manifester, la qualité de ce que chacun aura accompli comme apôtre.

Paul se définit comme un architecte qui a posé les fondations, ceux qui lui ont succédé étant des bâtisseurs ; ils ont bâti par-dessus ces fondations.

Or certains ont construit avec des matériaux robustes. Le feu du jugement ne pourra détruire leur œuvre, il manifestera ainsi la solidité de l’édifice, et l’apôtre en question remportera une récompense particulière.

En revanche, si la maison cède sous les flammes, il deviendra évident que la construction avait été construite dans des matériaux fragiles. Cet apôtre-là perdra sa récompense. Paul dit : « il sera sauvé mais comme à travers le feu ». Oui, il sera sauvé, car l’enjeu ici n’était pas le salut de son âme : il était d’éprouver la qualité du travail accompli.

Il apparait donc qu’il y a des différences tout à fait essentielles entre le feu que Paul décrit aux Corinthiens, et le feu du purgatoire que l’église catholique veut voir à travers ces quelques mots :

  1. la fonction est différente: le feu évoqué par Paul est là pour mesurer la qualité des œuvres apostoliques et la récompense qui y est associée, alors que le feu du purgatoire servirait à purifier les âmes insuffisamment préparées pour la gloire du Ciel.
  2. le temps est différent : Paul nous dit que ce feu va intervenir au « Jour » (1 Co 3, 13), ce qui signifie au jour du jugement ; c’est donc un évènement très ponctuel, lié à la fin des temps. Par contre, le purgatoire tel que l’église catholique nous le présente, est un processus : d’abord le purgatoire existerait depuis….l’apparition du péché et de la mort ( ?). Ensuite, à l’échelle individuelle, il correspond à une période de temps, qui est variable pour chacun (on parle d’« années de purgatoire », qui peuvent être écourtées par des indulgences, des offrandes de messe, etc).
  3. les personnes concernées sont différentes. Paul nous dit que ce feu sera pour « chacun ». Il parle spécifiquement des apôtres, des prédicateurs de la Parole. Ce texte s’applique plus généralement à tous les croyants, dans la mesure où ils auront été actifs dans leur foi et auront ainsi coopéré à l’édification de l’Eglise. Alors que le purgatoire, comme on l’a dit, serait réservé à certaines âmes qui, tout en étant assurées de leur salut, ne pourraient entrer dans la béatitude éternelle qu’après une purification supplémentaire.

Ces deux « feux » sont donc radicalement distincts. Le texte de 1 Co 3  n’est aucunement une allusion au purgatoire. D’ailleurs, la Bible de Jérusalem (qui a été élaborée sous la direction de l’Ecole biblique de Jérusalem, et qui est donc une traduction catholique) le reconnait à sa façon. Elle indique sans équivoque que Paul, dans ce passage, parlait des prédicateurs et du jugement qui serait exercé sur leurs œuvres, comme on le voit au titre inséré en tête de la section (« le vrai rôle des prédicateurs »). Dans une note relative à ce texte, au verset 15, les traducteurs concèdent : « Le purgatoire n’est pas directement visé, mais ce texte est un de ceux à partir desquels l’Eglise a explicité cette doctrine ».

Il apparait ainsi que l’église catholique a détourné le sens des propos de Paul.  Ce texte de 1 Co 3 ne peut pas servir de fondement à la doctrine du purgatoire.

Comme pour n’importe quel passage biblique, nous rappelons l’importance de replacer cet extrait dans son contexte si l’on veut rejoindre l’intention de l’auteur inspiré et éviter d’en faire le prétexte à un faux enseignement.

 

2.2. « Cela ne lui sera remis ni en ce monde ni dans l’autre » (Mt 12, 32)

Le deuxième « pilier » supposé de la doctrine du purgatoire est un passage très important dans l’Evangile de Mathieu, où Jésus parle du blasphème contre l’Esprit Saint :

Quiconque aura dit une parole contre le Fils de l’homme, cela lui sera remis ; mais quiconque aura parlé contre l’Esprit Saint, cela ne lui sera remis ni en ce monde ni dans l’autre.

Mt 12, 32
L’église catholique met l’emphase sur ces derniers mots : « ni en ce monde ni dans l’autre ». Jésus sous-entendrait ici que, contrairement à ce blasphème, certains péchés pourraient être pardonnés dans l’autre monde, c’est-à-dire dans le monde à venir, après la mort – en l’occurrence dans cette étape transitoire du purgatoire :

CEC 1031 : Dans cette sentence, nous pouvons comprendre que certaines fautes peuvent être remises dans ce siècle-ci, mais certaines autres dans le siècle futur [le mot « siècle » est utilisé ici comme synonyme de « monde »]

Donc cette fois-ci, l’église catholique présente le purgatoire comme un lieu/étape/état après la mort où certains péchés pourraient être pardonnés. Nous avons plusieurs remarques à apporter.

 

  • Le passage parallèle en Mc 3, 29

Pour comprendre des textes plus difficiles, il est toujours important de consulter les passages parallèles, c’est-à-dire d’autres passages dans la bible où il est fait mention de la même situation ou du même sujet. Dans le cas présent, on trouve facilement le parallèle dans l’évangile de Marc. Au chapitre 3, Marc nous rapporte en effet les mêmes propos de Jésus, mais de manière légèrement différente :

Quiconque aura blasphémé contre l’Esprit saint n’aura jamais de rémission : il est coupable d’une faute éternelle.

Mc 3, 29
Voilà un indice important pour nous montrer de quelle manière il fallait comprendre les paroles de Jésus en Mt 12! Lorsqu’il dit « ni en ce monde, ni dans l’autre », il veut simplement exclure toute possibilité de rémission, et dire solennellement que ce blasphème contre l’Esprit Saint ne pourra jamais être pardonné.

 

  • Jésus écarte le concept d’une troisième voie.

Remarquons que Jésus s’adresse ici à des Pharisiens. Or ces derniers croyaient que des âmes « tièdes » iraient brûler dans les flammes de la géhenne pour achever de se purifier. On peut faire l’hypothèse que les mots de Jésus font intentionnellement écho à cette croyance. Mais on ne saurait les comprendre comme une confirmation apportée à cette croyance. Pourquoi ?

Si l’on regarde les versets qui précèdent immédiatement notre texte, nous voyons que Jésus y fait une déclaration radicale :

Qui n’est pas avec moi est contre moi, et qui n’amasse pas avec moi dissipe.

Mt 12, 30
On comprend ici, et à travers bien d’autres passages des Evangiles, que Jésus a une conception tout à fait radicale, pour ne pas dire extrême, de la manière dont les individus accueillent sa personne et son œuvre. Pour Jésus, il n’y a que deux catégories d’individus :

  1. Les disciples.
  2. Ceux qui refusent de le suivre.

Pas de place, dans le regard de Dieu, pour des âmes se situant dans un entre-deux!

Je connais ta conduite: tu n’es ni froid ni chaud – que n’es-tu l’un ou l’autre! – Ainsi, puisque te voilà tiède, ni chaud ni froid, je vais te vomir de ma bouche.

Ap 3, 15-16
Et il n’y a pas non plus, dans l’au-delà, de troisième « lieu », même transitoire, qui leur serait destiné : il n’y a que la vie éternelle, et la damnation éternelle.

D’autre part, si l’on continue à examiner ce texte de Mt 12, il est intéressant de creuser ce que Jésus enseigne sur ce blasphème contre l’Esprit Saint. Nous devons, là encore, « dézoomer » et prendre en compte le contexte. Quelques versets auparavant, Jésus a libéré un jeune homme qui était aveugle et muet, et dont le texte précise qu’il était possédé par un esprit démoniaque. Les pharisiens qui assistaient à la scène, au lieu d’accueillir cette libération dans la foi et en rendant gloire à Dieu, s’enfoncent dans leur incrédulité. Plus encore, ils se saisissent de l’occasion pour accuser Jésus d’avoir agi non par la puissance de Dieu, mais par la puissance du démon :

Frappées de stupeur, toutes les foules disaient : « Celui-là n’est-il pas le Fils de David ? » Mais les Pharisiens, entendant cela, dirent : « Celui-là n’expulse les démons que par Béelzéboul, le prince des démons.

Mt 12, 23-24
Il y a donc, dans ce blasphème contre l’Esprit Saint, un rejet radical de la miséricorde de Dieu : non seulement je n’accueille pas l’œuvre de Dieu, mais je m’en sers volontairement pour me dresser contre lui. C’est pour cela que ce blasphème n’est pas pardonnable : parce qu’il est l’antithèse même de la miséricorde de Dieu.

Jésus affirme par contre que tous les autres péchés pourront être pardonnés :

Tout péché et blasphème sera remis aux hommes.

Mt 12, 31
Si vous venez à Jésus dans la foi et avec un esprit de repentance pour les péchés que vous avez commis, vous devez avoir l’assurance que Jésus vous pardonne. Et en fait, Jésus ne vous pardonnera pas, à moitié aujourd’hui et l’autre moitié demain, ou à moitié durant votre vie et l’autre moitié après votre mort. Il ne vous donne pas sa miséricorde de  manière fractionnée : il vous pardonne complètement, et il vous pardonne maintenant. Jésus ne met ni limite ni délai au don de sa miséricorde.

Oui mais, direz-vous, si nous mourrions avant d’avoir pu confesser un péché ? Le jour où nous reconnaissons que Christ nous a rachetés par son sang versé, nous sommes pardonnés et purifiés de tous nos péchés, passés, présents et futurs. Nous devons, certes, confesser à Dieu les péchés « quotidiens » dont notre conscience nous accuse, car notre marche avec Dieu nous entraine dans un rejet radical du péché. Mais notre salut ne dépend pas du fait d’avoir pu confesser tel ou tel péché avant notre mort. Il dépend de la décision que nous avons prise un jour de laisser Christ nous couvrir de son sang, afin que notre péché devienne justice en lui.

Quiconque croit en lui recevra, par son nom, la rémission de ses péchés.

Ac 10,43

Celui qui n’avait pas connu le péché, Il l’a fait péché pour nous, afin qu’en lui nous devenions justice de Dieu.

2 Co 5, 21
En christ, nous avons donc un salut parfait et entier. Ce passage de Mt 12 est totalement étranger à l’idée d’un prétendu lieu ou état de purgatoire. Il faut prendre garde de ne pas plaquer sur des passages bibliques, des raisonnements théologiques qui nous font aller au-delà de ce que la Parole nous enseigne.

 

2. 3. « Il fit faire ce sacrifice expiatoire pour les morts » (2 Mac 12, 45)

Le troisième texte invoqué par le magistère est tiré de l’Ancien Testament, au 2ème livre des Maccabées, au chapitre 12.

Il s’agit ici d’une histoire assez particulière, qui met en scène le personnage de Judas Maccabée. Celui-ci était le chef des Juifs, au 2ème siècle avant Jésus-Christ, à une époque de révolte contre la domination syrienne et la paganisation forcée d’Israël. Au lendemain d’une bataille, et au moment de récupérer les dépouilles mortelles de ses compagnons, Judas a la surprise de découvrir dans leurs vêtements des amulettes, c’est-à-dire des objets qui étaient clairement dédiés à de faux dieux :

Le jour suivant, on vint trouver Judas pour relever le corps de ceux qui avaient succombé et les inhumer avec leurs proches dans le tombeau de leurs pères. Or, ils trouvèrent dans la tunique de chacun des morts des objets consacrés aux idoles de Iamnia [une cité philistine] et que la Loi interdit aux Juifs. Il fut donc évident pour tous que cela avait été la cause de leur mort.

2 Mac 12, 39-40
Judas comprend instantanément la gravité de ce péché. Il réalise qu’il y a même eu une sorte de châtiment exercé sur ces hommes: ils ont été punis de mort précisément à cause de ce péché.

Judas et sa troupe décident donc de faire une prière et un sacrifice en faveur des défunts, pour qu’ils soient purifiés et pardonnés :

Tous donc, ayant béni la conduite du Seigneur, juge équitable qui rend manifestes les choses cachées, se mirent en prière pour demander que le péché commis fût entièrement pardonné, puis le valeureux Judas exhorta la troupe à se garder pure de tout péché, ayant sous les yeux ce qui était arrivé à cause de la faute de ceux qui étaient tombés. Puis, ayant fait une collecte d’environ deux mille drachmes, il l’envoya à Jérusalem afin qu’on offrît un sacrifice pour le péché, agissant fort bien et noblement d’après le concept de la résurrection. Car, s’il n’avait pas espéré que les soldats tombés dussent ressusciter, il était superflu et sot de prier pour les morts, et s’il envisageait qu’une très belle récompense est réservée à ceux qui s’endorment dans la piété, c’était là une pensée sainte et pieuse. Voilà pourquoi il fit faire ce sacrifice expiatoire pour les morts, afin qu’ils fussent délivrés de leur péché.  

2 Mac 12, 41-45
Or ce texte, comme tous les autres textes que l’on a qualifiés d’ « apocryphes » (du grec « apokruphos », qui signifie secret, c’est-à-dire dont l’origine est douteuse), n’est pas considéré comme inspiré par beaucoup de chrétiens. Nous parlons en l’occurrence des chrétiens qui se revendiquent de la Réforme protestante. Mais il faut savoir aussi que, bien avant le contexte polémique de la Réforme et la Contre-Réforme, quelqu’un comme « saint Jérôme » (le traducteur de la bible en latin, donc l’auteur de la version appelée Vulgate), au début du 5ème siècle, a refusé de placer les textes apocryphes parmi les autres textes de l’Ancien Testament, et a tenu à les mettre à part. Il a souligné leur utilité pour la dévotion mais l’impossibilité de les recevoir comme inspirés.

Pourquoi ? Parce que ces textes posent de réels problèmes, si bien que les Juifs, les premiers, ne les ont pas intégrés dans leur propre canon.

Justement, à propos de ce passage de 2 Mac, il y a un problème majeur, qui se situe dans une contradiction avec la Révélation dans sa globalité. Effectivement, on nous parle ici de sacrifice pour les péchés. Or, si on se reporte au livre du Lévitique qui décrit les prescriptions de la Loi, et si on regarde plus précisément les chapitres 5 et 6 qui détaillent les sacrifices pour les péchés, on y découvre que les sacrifices de réparation obéissaient à des critères précis et limités. En fait, les sacrifices étaient prescrits pour trois catégories de fautes :

  1. les fautes involontaires (c’est-à-dire qui avaient été commises par ignorance ou de manière inconsciente)
  2. les fautes d’omission (en gros, je savais ce que j’avais à faire, mais j’ai omis de le faire)
  3. les fautes volontaires mais commises par faiblesse. Ces fautes devaient alors être confessées publiquement et réparées. Par exemple : j’ai volé mon voisin, je m’en confesse publiquement, et je vais lui rendre ce que j’avais dérobé, et même davantage (on pense ici à l’histoire de Zachée : « Voici Seigneur, je vais donner la moitié de mes biens aux pauvres, et si j’ai extorqué quelque chose à quelqu’un, je lui rends le quadruple. » (Lc 19, 8)

On peut tirer 2 conclusions de ces enseignements du Lévitique :

  1. il n’est pas fait mention d’une possibilité de sacrifice en faveur de défunts. Les sacrifices de réparation ne sont que pour les vivants.
  2. il n’est pas non plus fait mention de la possibilité d’offrir un sacrifice pour un péché tel que l’idolâtrie, qui était considéré comme un péché extrêmement grave.

Aucun juif ne pouvait ignorer les appels incessants de Dieu à travers toute l’histoire de l’alliance : Dieu rappelle inlassablement qu’il est un Dieu jaloux, un Dieu qui ne tolère aucun rival. Le péché d’idolâtrie relevait donc d’une désobéissance extrêmement volontaire et farouche à la volonté de Dieu ; il était assimilé à une véritable prostitution spirituelle  et était, par le fait même, impardonnable. C’est pourquoi les idolâtres étaient « anathèmes » (désapprouvés de Dieu et rejetés du peuple élu), au même titre que les idoles auxquelles ils s’étaient attachés :

Vous brûlerez les images sculptées de leurs dieux, et tu n’iras pas convoiter l’or et l’argent qui les recouvrent. Si tu t’en emparais, tu serais pris au piège ; car c’est là chose abominable à Yahvé ton Dieu. Tu n’introduiras pas dans ta maison une chose abominable, de peur de devenir anathème comme elle. Tu les tiendras pour immondes et abominables, car elles sont anathèmes.

Dt 7, 25-26

On fera retomber sur vous votre infamie, vous porterez le poids des péchés commis avec vos idoles et vous saurez que Je suis le Seigneur Yahvé.

Ez 23, 49
Si l’on revient à notre passage dans 2 Mac, il faut bien reconnaitre qu’il y a une contradiction flagrante entre ce texte et l’essence même de la Loi juive.

Il y a même une contradiction entre ce texte et la théologie catholique, puisque selon sa terminologie, ces hommes sont vraisemblablement morts impénitents, en état de « péché mortel », donc voués à la damnation éternelle. Il était alors inutile de faire un sacrifice pour le pardon de leur faute et leur salut.

Au-delà de ce problème de contradiction, nous attirons votre attention sur le fait que l’église catholique nous apporte ce texte au sein d’un raisonnement. On le trouve dans ce paragraphe du Catéchisme :

CEC 2032 : Cet enseignement s’appuie aussi sur la pratique de la prière pour les défunts dont parle déjà la Sainte Ecriture : « Voilà pourquoi il (Judas Maccabée) fit faire ce sacrifice expiatoire pour les morts, afin qu’ils fussent délivrés de leurs péchés ». (2 Mac 12, 46) Dés les premiers temps, l’Eglise a honoré la mémoire des défunts et offert des suffrages en leur faveur, en particulier le sacrifice eucharistique, afin que, purifiés, ils puissent parvenir à la vision béatifique de Dieu. L’Eglise recommande aussi les aumônes, les indulgences, et les œuvres de pénitence en faveur des défunts.

Le magistère nous dit donc qu’il y a une pratique de prière en faveur des défunts qui remonterait aux origines de l’Eglise ; d’après 2 Mac, cette pratique existerait même dans le judaïsme. Mais il faut faire attention à ce type de logique, car l’église catholique sous-entend ici que la pratique est une preuve du bien-fondé de la doctrine : « Cet enseignement s’appuie ici sur la pratique… ». Autrement dit : les gens priaient pour les défunts ; ils n’auraient pas prié s’ils n’avaient pas l’espérance que cela puisse profiter aux défunts ; c’est donc que les défunts étaient dans un état transitoire leur permettant de bénéficier de ces prières pour leur purification finale.

Prenons garde de ne pas appuyer une doctrine sur une pratique car aucune pratique religieuse, aussi établie soit-elle, aussi ancienne soit-elle, n’est en elle-même un critère de vérité, de conformité à la volonté de Dieu. Une pratique atteste l’existence d’une croyance, mais elle ne garantit pas que cette croyance soit vraie !  Jésus nous le rappelle avec force face aux scribes et aux Pharisiens puisqu’il les accusait d’avoir mis en place toutes sortes de coutumes qui annulaient les commandements de Dieu :

Vous avez annulé la parole de Dieu au nom de votre tradition.

Mt 15, 6
Donc n’inversons pas l’ordre entre la pratique et la doctrine ! C’est la doctrine, elle-même tirée de la vérité de la Parole de Dieu, qui peut fonder la pratique, et non l’inverse.

Le « sacrifice expiatoire » offert pour les morts, que ce texte de 2 Mac 12 nous présente comme une « pensée pieuse et sainte », est en totale discordance avec la volonté de Dieu clairement décrite dans l’Ancien Testament. Il n’est pas légitime de s’appuyer sur ce passage pour justifier à la fois l’existence du purgatoire et la pratique d’œuvres en faveur des défunts.

 

Conclusion

 

Nos recherches dans la Parole de Dieu nous ont amenés au constat que cette croyance dans le purgatoire n’avait aucune assise biblique. Et si les « piliers » bibliques d’une doctrine s’effondrent, il faut se rendre à l’évidence que cette doctrine relève plus d’une invention religieuse que de la vérité révélée par Dieu !

Cette découverte est-elle vraiment capitale ? Elle s’est imposée à nous alors que nous n’étions qu’au début de notre cheminement dans la Parole, et nous étions prêts à ce moment-là à en relativiser l’importance : après tout, que le purgatoire existe ou non, cela ne semblait rien changer de très essentiel à notre foi. Et pourtant…nous avons la conviction aujourd’hui que cette fausse doctrine du purgatoire touche au cœur même de l’Evangile.

En effet, elle opère un renversement mensonger: au lieu de considérer ce que Christ a fait pour notre salut, nous considérons ce que nous aurions à faire pour être sauvés ou, plus exactement, pour accéder à la pleine possession du salut.

Nous ne serions donc pas prêts à voir Dieu face à face ? Nous n’aurions pas été suffisamment purifiés ? Nous aurions besoin de souffrir et de continuer à purger la peine liée à nos péchés ?

Croire au purgatoire, c’est affirmer que le croyant a encore une dette à payer. Mais la Bible nous dit clairement :

Il a pardonné toutes nos fautes ! Il a effacé, au détriment des ordonnances légales, la cédule de note dette, qui nous était contraire ; il l’a supprimée en la clouant à la croix.

Col 2, 14
Croire au purgatoire, c’est affirmer que le croyant a encore besoin de se purifier, durant sa vie terrestre, ou après la mort s’il le faut. Mais la Bible nous dit :

Si nous marchons dans la lumière comme il est lui-même dans la lumière, nous sommes en communion les uns avec les autres, et le sang de Jésus, son Fils, nous purifie de tout péché.

1 Jn 1, 7.9

Ce que Christ a porté, nous n’avons plus à le porter. Ce qu’il a souffert, nous n’avons pas à le souffrir. Ce qu’il a fait, lui seul pouvait le faire.

L’homme ne peut acheter son rachat, ni payer à Dieu sa rançon : il est coûteux, le rachat de son âme, et il manquera toujours pour que l’homme survive et jamais ne voie la fosse.

Ps 49, 8-9
L’homme ne pouvait sauver son âme, mais Dieu l’a fait en son Fils !

Oui, Christ seul pouvait nous sauver, Christ seul pouvait nous faire entrer dans la béatitude éternelle.  Aujourd’hui comme il y a deux mille ans, nous avons tout à accueillir et rien à ajouter. Car le message de l’Evangile se résume à ces trois mots prononcés du haut de la Croix:

Tout est accompli!

Jn 19, 30

 


[1] cf. Concile Vatican II, Lumen Gentium en 1964, § 49-51

[2] cf. Catéchisme de l’Eglise Catholique, en 1992, § 1472.

[3] cf. Concile de Lyon en 1274.