Témoignage de Marie-Laure Janssens

 

Lorsque je regarde la conduite de Dieu sur ma vie, il me vient à l’esprit le texte d’un psaume :

« Si le Seigneur ne bâtit la maison, en vain peinent les maçons. »

Ps 127, 1
En effet, je reconnais que j’ai longtemps travaillé fort pour construire des projets pour Dieu, mais je sais aujourd’hui que je peinais en vain: ce que je faisais n’était pas vraiment l’œuvre du Seigneur, et surtout, je ne savais pas vraiment qui il était ni ce qu’il avait fait pour moi. Ma vie n’était pas encore vraiment fondée sur le Roc de sa Parole.

Je suis née en 1974, dans une famille catholique pratiquante. Je n’ai pas de souvenir de mon baptême que j’ai reçu quelques mois après ma naissance, mais j’ai ressenti très jeune un attrait personnel pour les choses spirituelles. En grandissant, je me suis impliquée avec beaucoup de conviction dans des mouvements de jeunes catholiques. J’aimais Dieu et son église, si bien que vers l’âge de 14 ans, un désir de consécration à Dieu a émergé dans mon cœur. Après mes études, à 23 ans, je suis entrée dans une communauté religieuse, les Soeurs de Saint-Jean. C’était une communauté « contemplative », c’est-à-dire  essentiellement adonnée à la prière, mais avec aussi une dimension missionnaire. Je suis restée 11 ans dans cette communauté, et j’y ai vécu, justement sur le plan missionnaire, des expériences incroyablement riches, aux Philippines, à Taiwan, aux Etats-Unis et au Canada. Le Seigneur a exaucé le désir que j’avais depuis longtemps de me déraciner pour me faire proche de mes frères de l’autre bout du monde, et pour être libre de lui appartenir. Et je lui rends grâce pour tout cela.

Mais il y a eu aussi une face cachée de toutes ces années. J’ai subi les dysfonctionnements graves de ma communauté: des dérives sectaires », avec un abus spirituel, une emprise psychologique et affective, un formatage des intelligences, un isolement etc. Je me sentais de plus en plus coupée de moi-même, coupée des autres, et même coupée de Dieu.

Pourtant, le Seigneur a pris soin de moi. Peu de temps après mon arrivée au Québec, en 2008, j’ai reçu une grâce qui a été une semence de résurrection, à un moment où je finissais par me demander si Dieu était un Dieu de vie ou de mort. En effet, j’ai été intégrée à un petit groupe de prière et de partage, avec des laïcs liés à notre communauté. Pour la première fois, j’ai approché une incroyable liberté dans l’Esprit Saint. Auprès de ces amis, j’expérimentais une vie nouvelle dans l’Esprit, alors que dans ma communauté je me sentais étouffée et angoissée, aussi bien humainement que spirituellement. C’est dans cette période bénie de réveil intérieur que l’église catholique a décidé de sanctionner ma communauté. Les supérieures qui verrouillaient mon existence ont été exclues.

J’ai pu alors retrouver ma liberté, en 2010. Bien sûr, il n’est pas facile de voir s’effondrer d’un seul coup l’univers auquel on réfère toute son existence depuis des années. Pour la première fois, le Seigneur démolissait l’édifice de ma vie. Mais je lui en suis infiniment reconnaissante, car cela a été une véritable libération. D’autant plus que le Seigneur a abondamment pourvu à mes besoins: il m’a donné les moyens de guérir et de me reconstruire, grâce à un énorme soutien familial, amical, matériel et psychologique.

C’est là aussi que j’ai reçu le merveilleux cadeau d’une amitié profonde avec Sylvain. Nous faisions partie de ce petit groupe fraternel que j’ai mentionné. Nous avions un même désir d’évangéliser et surtout de suivre Dieu sur un chemin de sainteté, et nous avons pu cheminer ensemble jusqu’à notre mariage, dans notre paroisse catholique, en 2011. Je remercierai éternellement le Seigneur de m’avoir donné un tel époux qui est un ami et un instrument de Dieu pour moi.

Car le Seigneur s’est servi de Sylvain pour me reconstruire aussi sur le plan spirituel. Il m’a aidée à grandir dans cette nouvelle dimension que j’avais déjà touchée dans le petit groupe de prière, cette dimension de la vie dans l’Esprit. J’ai expérimenté qu’il y a une différence entre faire des prières et prier; entre vouloir écouter la volonté de Dieu, et l’entendre par son Esprit qui parle; il y a une différence entre se rassembler avec des frères pour partager des intentions de prière, et être rassemblé par l’Esprit Saint en un seul Corps pour prier aux intentions de l’Esprit; il y a une différence entre faire des œuvres pour Dieu et faire l’Œuvre de Dieu, celle que Dieu a préparée pour nous.

Ensemble, pendant 2 ans, nous avons ardemment travaillé dans un centre de prière charismatique, que Sylvain avait fondé avec ses parents au début de sa conversion. Nous sentions l’appel à redonner au centre un élan dans la mission, et surtout à lui donner un ancrage dans la Parole. Mais, d’un seul coup, malgré tant de labeur, tout s’est écroulé: notre vision n’était pas partagée en profondeur, il y a eu des conflits, des déchirures. De nouveau, pour la deuxième fois, mon projet, notre projet, s’est effondré.

J’ai expérimenté qu’il y a une différence entre faire des prières et prier; entre vouloir écouter la volonté de Dieu, et l’entendre par son Esprit qui parle; il y a une différence entre se rassembler avec des frères pour partager des intentions de prière, et être rassemblé par l’Esprit Saint en un seul Corps pour prier aux intentions de l’Esprit; il y a une différence entre faire des œuvres pour Dieu et faire l’Œuvre de Dieu, celle que Dieu a préparée pour nous.

C’est alors que nous avons choisi de quitter ce champ de ruines. Nous avons donc déménagé en France en 2013. Et là, le Seigneur a achevé son travail de démolition. Dans un désert relatif, sans amis, sans beaucoup de relations, sans emploi, nous avons vécu quelques mois de disponibilité exceptionnelle, dont le Seigneur a profité. J’ai observé que Sylvain commençait à ouvrir sa bible et à la lire de manière intensive. Quelques jours après, agacée par la prédication d’un pasteur évangélique que je venais d’entendre et qui avait démonté la doctrine catholique à coup de versets bibliques, j’ai eu le « déclic » pour rejoindre Sylvain dans sa démarche. Mon but initial était avant tout de mieux connaitre la Parole de Dieu pour pouvoir défendre mes convictions catholiques face à nos détracteurs. En même temps, très vite, nous avons réalisé qu’il était essentiel de ne pas utiliser la Parole pour confirmer nos croyances, mais de nous mettre à son école, en la laissant nous enseigner ce que nous devions croire. Non pas « lire la Parole à partir de ce qu’on croit, mais croire à partir de ce qu’on lit dans la Parole ».

A partir de ce moment-là, à l’automne 2013, Sylvain et moi avons vécu notre plus grande aventure spirituelle. Chaque jour pendant des heures, nous nous sommes plongés dans une lecture continue de la Bible, en questionnant, et toujours en priant Dieu de nous éclairer sur la foi. Nous nous sommes identifiés aux disciples de Bérée qui sont mentionnés dans les Actes des apôtres au chapitre 17 et dont il est écrit: « ils reçurent la parole avec beaucoup d’empressement, et ils examinaient chaque jour les Ecritures, pour voir si ce qu’on leur disait était exact. » La Parole de Dieu a alors été pour nous cette Parole vivante, efficace, ce glaive à double tranchant dont nous parle l’épitre aux Hébreux. En quelques semaines, elle a « sabré » tout ce qui faisait nos convictions et nos traditions: le sacerdoce, l’eucharistie, le purgatoire, les saints, la Vierge Marie, la papauté, les sacrements, la conception de l’église, et même du salut.

En effet, par dessus tout, la Parole m’a ouvert les yeux sur l’Œuvre du Christ à la Croix, sur le caractère absolument nécessaire mais aussi parfaitement efficace et suffisant de son Sacrifice.
Jusque là, je m’appuyais davantage sur ce que j’avais fait pour Christ que sur ce qu’il avait fait pour moi. Même si je me savais pécheresse, je ne me pensais pas complètement perdue: après tout, je faisais des œuvres pour le Seigneur. Ne lui avais-je pas même donné ma vie? Mais je ne savais pas non plus que j’étais complètement sauvée (et sans doute, je ne l’étais pas vraiment), car comment, me disais-je, prétendre en faire assez pour Dieu et être parfaite devant lui? (d’où probablement quelques années de purgatoire qui m’attendaient après la mort…). Mais la Parole m’a révélé ce que je suis: je suis à la fois absolument perdue sans Christ et parfaitement sauvée par lui. Cette grâce de révélation m’a permis de naitre de nouveau et de recevoir l’Esprit Saint d’une manière nouvelle.

 

Nous nous sommes identifiés aux disciples de Bérée qui sont mentionnés dans les Actes des apôtres au chapitre 17 et dont il est écrit: « ils reçurent la parole avec beaucoup d’empressement, et ils examinaient chaque jour les Ecritures, pour voir si ce qu’on leur disait était exact. »  

 

A la lumière de toutes ces découvertes, nous n’avons pas eu d’autre choix que de quitter l’église catholique. Nous avons donc vécu une Réforme, à l’échelle de notre petite vie. Vous savez, j’ai entendu, dans un contexte œcuménique, que la Réforme avait été l’œuvre du Diviseur. Mais je proclame qu’elle n’a pas été l’œuvre du Diviseur, mais bien plutôt celle du Restaurateur: l’Œuvre de l’Esprit qui veut toujours restaurer son Eglise sur le seul fondement possible, qui est le sacrifice du Christ et l’autorité de sa Parole. C’est vrai, le Seigneur nous demande de nous aimer les uns les autres, et je garde ce commandement toujours devant moi. Ma famille est catholique, certains de nos amis sont catholiques. Cela ne retire rien à l’affection et à la gratitude que j’ai envers eux. Mais le Seigneur nous demande aussi de l’aimer, lui, plus que tout. C’est pourquoi nous avons choisi de quitter ces fausses doctrines, ces vaines traditions, qui diminuent la gloire du Christ et contredisent la vérité de sa Parole.

A la suite de ce cheminement, en janvier 2017, nous sommes avons reçu le baptême dans une église baptiste évangélique. En plongeant dans les eaux du baptême, je ne recevais pas le salut,  je ne me liais pas non plus à une institution; c’est un baptême qui témoignait du salut que j’avais reçu par la foi, et de mon appartenance au peuple de Dieu. Je m’engageais, devant mes frères et devant Dieu, à vivre une vie de disciple et de témoin.

Je ne veux plus travailler en vain. Je veux rester fondée sur le Roc de la Parole, attachée au Seigneur, docile à son Esprit, pour qu’il puisse m’utiliser librement pour son œuvre à lui, qui est la seule éternelle et vraie:

Mes frères bien-aimés, soyez fermes, inébranlables, abondant toujours DANS L’OEUVRE DU SEIGNEUR, sachant que DANS LE SEIGNEUR, votre travail n’est pas vain.

1 Co 15, 58