Jésus, en fondant son Eglise, a-t-il institué des prêtres ? Doit-il y avoir dans l’Eglise du Christ des ministres ordonnés ayant une fonction sacerdotale? C’est dans la Parole de Dieu que nous chercherons la réponse. 

Il est certain que si vous êtes un catholique fervent, « croyant et pratiquant », la place et le rôle du prêtre ne sont pas à questionner car ils relèvent d’une évidence. Le prêtre fait indiscutablement partie de cette structure hiérarchique de l’église catholique en tant que collaborateurs directs des évêques et responsables des paroisses. Mais si l’on se place d’un point de vue biblique, leur existence et leur rôle ont-ils un fondement, une légitimité? Nous oserons nous poser cette question en regardant ce que la parole de Dieu nous enseigne.

Commençons par bien définir les termes. Qu’est-ce qu’un prêtre ? Qu’est-ce que la fonction sacerdotale ?

Nous voyons trois aspects fondamentaux dans cette notion :

  1. il y a un aspect de mise à part, de consécration. Le prêtre est un homme appelé, choisi d’entre les hommes, pour appartenir à Dieu d’une manière spéciale.
  2. il y a un aspect de service et notamment de service liturgique. Le prêtre est mis à part pour le service de Dieu; en particulier, il est voué à célébrer le culte qui est dû à Dieu.
  3. il y a un aspect de médiation. C’est bien ce que nous rappelle l’auteur de l’épitre aux Hébreux lorsqu’il nous donne cette définition de la fonction sacerdotale:

    Tout grand-prêtre, pris d’entre les hommes, est établi pour intervenir en faveur des hommes dans leurs relations avec Dieu, afin d’offrir dons et sacrifices pour les péchés.

    Heb 5, 1

En résumé, le prêtre se définit essentiellement comme quelqu’un qui est consacré à Dieu pour le servir et pour être un médiateur entre les hommes et Dieu, à travers les sacrifices qu’il offre, à travers les rituels qu’il accomplit. Au cœur du sacerdoce, il y a ce rôle de médiation, et même de médiation nécessaire : l’homme a besoin de passer par le prêtre pour avoir accès à Dieu, à sa bénédiction, à son pardon.

On retrouve ces éléments dans la vision que l’église catholique a du prêtre. Le prêtre intervient dans la vie du croyant, à chaque étape de sa vie humaine et spirituelle et il le fait comme un médiateur nécessaire, parce qu’il dispense les sacrements qui sont eux-mêmes considérés comme des moyens nécessaires au salut. Si vous consultez le Catéchisme de l’Eglise Catholique (CEC), dans sa dernière édition de 1992 approuvée par le pape Jean-Paul II, vous trouverez par exemple:

  • le baptême est le moyen « ordinaire » (c’est-à-dire généralement nécessaire) de recevoir le salut :

CEC 1257 : Le Baptême est nécessaire au salut pour ceux auxquels l’Évangile a été annoncé et qui ont eu la possibilité de demander ce sacrement (cf. Mc 16, 16). L’Église ne connaît pas d’autre moyen que le baptême pour assurer l’entrée dans la béatitude éternelle.

Or c’est le prêtre (ou le diacre) qui baptise. Selon le magistère, en administrant le baptême à une personne, le prêtre fait d’elle un enfant de Dieu et lui donne ainsi accès au salut.

 

  • le sacrement de la réconciliation est le moyen « ordinaire » de recevoir le pardon de Dieu :

CEC 1493 : Celui qui veut obtenir la réconciliation avec Dieu et avec l’Eglise, doit confesser au prêtre tous les péchés graves qu’il n’a pas encore confessés…

CEC 1497 : La confession individuelle et intégrale des péchés graves suivie de l’absolution demeure le seul moyen ordinaire pour la réconciliation avec Dieu et avec l’Eglise.

Or c’est le prêtre qui est ministre de ce pardon. Lorsqu’il donne l’absolution dans le cadre du sacrement du pardon, il accorderait au pécheur de recevoir la miséricorde de Dieu dont dépend son salut.

 

  • La célébration de l’Eucharistie est nécessaire au pardon de nos fautes actuelles:

CEC 1366 : L’Eucharistie est donc un sacrifice parce qu’elle représente (rend présent) le sacrifice de la Croix, parce qu’elle en est le mémorial et parce qu’elle en applique le fruit : (….) Le Christ voulait laisser à l’Eglise, son épouse bien-aimée, un sacrifice visible (comme le réclame la nature humaine), où serait représenté le sacrifice sanglant qui allait s’accomplir une unique fois sur la Croix, dont la mémoire se perpétuerait jusqu’à la fin des siècles et dont la vertu salutaire s’appliquerait à la rédemption des péchés que nous commettons chaque jour.

Concile de Trente 1753 : Si quelqu’un dit que le sacrifice de la messe n’est qu’un sacrifice de louange et d’action de grâces, ou une simple commémoration du sacrifice accompli sur la croix, mais n’est pas un sacrifice propitiatoire ; ou qu’il n’est profitable qu’à celui-là seul qui reçoit le Christ et qu’il ne doit pas être offert pour les vivants et les morts, ni pour les péchés, les peines, les satisfactions et les autres nécessités : qu’il soit anathème [maudit, excommunié]. 

Or c’est le prêtre qui célèbre l’Eucharistie. En offrant le sacrifice de la messe, il permettrait au croyant d’appliquer à sa propre vie et à ses péchés actuels la « vertu salutaire » du sacrifice de la Croix.

 

  • lorsque le prêtre donne le sacrement de l’Onction des malades à un agonisant (on parle alors de « l’extrême onction »), il lui permettrait une dernière fois de recevoir le pardon de Dieu, et il le disposerait ainsi à se présenter devant Christ après sa mort.

CEC 1523 : L’Onction des malades achève de nous conformer à la mort et à la Résurrection du Christ, comme le Baptême avait commencé de le faire. (…). Cette dernière onction munit la fin de notre vie terrestre comme d’un solide rempart en vue des dernières luttes avant l’entrée dans la Maison du Père.

CEC 1530 : Seuls les prêtres (presbytres et évêques) peuvent donner le sacrement de l’Onction des malades.

Tout cela est encore exprimé de manière implacable dans des écrits pontificaux, comme l’illustre cet extrait d’une encyclique du pape Pie XI en 1935 :

Le prêtre est constitué dispensateur des mystères divins (1 Co 4, 1) en faveur de ces membres du Corps mystique de Jésus-Christ, puisqu’il est le ministre ordinaire de presque tous les sacrements qui sont les canaux à travers lesquels coule, pour le bien de l’humanité, la grâce du Rédempteur. Le chrétien, presque à tous les moments importants de sa carrière mortelle, trouve à ses côtés le prêtre pour lui communiquer ou accroître en lui avec le pouvoir reçu de Dieu cette grâce qui est la vie surnaturelle. (…) Ainsi, du berceau à la tombe ou plutôt jusqu’au ciel, le prêtre est auprès des fidèles guide, réconfort, ministre du salut, distributeur de grâces et de bénédictions.

Encyclique sur le sacerdoce catholique, Pie XI, § 10

Beaucoup plus récemment, en 2009, le pape Benoit XVI a fait entrer l’église catholique dans une année sacerdotale en lui proposant les mots enflammés du saint Curé d’Ars (Jean-Marie Vianney):

Il [le Curé d’Ars] parlait du sacerdoce comme s’il ne réussissait pas à se convaincre de la grandeur du don et de la tâche confiés à une créature humaine : « Oh ! que le prêtre est quelque chose de grand ! s’il se comprenait, il mourrait… Dieu lui obéit : il dit deux mots et Notre Seigneur descend du ciel à sa voix et se renferme dans une petite hostie… ». Et, pour expliquer à ses fidèles l’importance des sacrements, il disait : « Si nous n’avions pas le sacrement de l’Ordre, nous n’aurions pas Notre-Seigneur. Qui est-ce qui l’a mis là, dans le tabernacle ? Le prêtre. Qui est-ce qui a reçu notre âme à son entrée dans la vie ? Le prêtre. Qui la nourrit pour lui donner la force de faire son pèlerinage ? Le prêtre. Qui la préparera à paraître devant Dieu, en lavant cette âme pour la dernière fois dans le sang de Jésus-Christ ? Le prêtre, toujours le prêtre. Et si cette âme vient à mourir [à cause du péché], qui la ressuscitera, qui lui rendra le calme et la paix ? Encore le prêtre… Après Dieu, le prêtre c’est tout… Le prêtre ne se comprendra bien que dans le ciel ». Ces affirmations, jaillies du cœur sacerdotal du saint curé, peuvent nous sembler excessives. Elles manifestent toutefois en quelle haute considération il tenait le sacrement du sacerdoce. Il semblait submergé par le sentiment d’une responsabilité sans bornes : « Si l’on comprenait bien le prêtre sur la terre, on mourrait non de frayeur, mais d’amour … Sans le prêtre, la mort et la passion de Notre-Seigneur ne serviraient de rien… C’est le prêtre qui continue l’œuvre de Rédemption, sur la terre… A quoi servirait une maison remplie d’or, si vous n’aviez personne pour ouvrir la porte ? Le prêtre a la clef des trésors célestes : c’est lui qui ouvre la porte ; il est l’économe du bon Dieu, l’administrateur de ses biens.»

Lettre de Benoit XVI pour l'indiction d'une année sacerdotale, 16 juin 2009

« Si nous n’avions pas le sacrement de l’Ordre, nous n’aurions pas Notre-Seigneur. (…) Sans le prêtre, la mort et la passion de Notre-Seigneur ne serviraient de rien. » La théologie catholique est sans équivoque : le prêtre serait pour les fidèles un médiateur indispensable et irremplaçable de la grâce de Dieu, donc du salut.

Mais, selon la Bible, en est-il ainsi dans la nouvelle Alliance ?

Avant d’apporter des réponses à cette question, nous aimerions préciser que nous ne venons pas du tout attaquer des personnes. Notre intention n’est absolument pas de préjuger de la sainteté de ces hommes qui sont prêtres dans l’église catholique. Nous ne remettons pas en cause leur désir sincère de servir Dieu et son Eglise, ni les fruits qu’ils peuvent porter dans la vie des croyants. Bref, notre propos n’est pas de diminuer des personnes, mais de sonder le bien-fondé d’une doctrine en la mettant à l’épreuve des Ecritures.

Nous le ferons en explorant les trois niveaux de sacerdoce que l’église catholique reconnait :

  1. le sacerdoce du Christ
  2. le sacerdoce « ministériel » (celui des prêtres)
  3. le sacerdoce « commun » (celui des fidèles laïcs)

 

 

1. Le sacerdoce du Christ

 

Pour étudier le sacerdoce du Christ, nous nous référerons à l’épitre aux Hébreux qui, dans le Nouveau Testament, est sans doute le livre qui nous en parle le plus.

Avant tout, il faut saisir le contexte ainsi que l’intention dans lesquels elle a été écrite. Comme l’indique le titre qui lui a été attribué, cette lettre s’adresse à des chrétiens de la première ou deuxième génération qui sont, majoritairement en tout cas, d’origine juive. Or, parce qu’ils font face à une situation d’appauvrissement ou même de persécution, ils éprouvent une certaine nostalgie pour leurs racines juives, au point d’être tentés de revenir en arrière.

Loin de les encourager dans cette tentation, l’auteur veut les aider à prendre conscience du trésor spirituel qu’ils ont acquis en plaçant leur foi en Jésus-Christ, éternel et parfait grand-prêtre.

Il y a beaucoup de passages très intéressants dans cette épitre, mais nous en avons retenu un qui est à la fin du chapitre 7. L’auteur commence par évoquer ces prêtres de l’ancienne Alliance :

Ceux-là sont devenus prêtres en grand nombre, parce que la mort les empêchait de durer; mais lui [Jésus], du fait qu’il demeure pour l’éternité,  il a un sacerdoce immuable. D’où il suit qu’il est capable de sauver de façon définitive ceux qui par lui s’avancent vers Dieu, étant toujours vivant pour intercéder en leur faveur. Oui, tel est précisément le grand prêtre qu’il nous fallait, saint, innocent, immaculé, séparé désormais des pécheurs, élevé plus haut que les cieux, qui ne soit pas journellement dans la nécessité, comme les grands prêtres, d’offrir des victimes d’abord pour ses propres péchés, ensuite pour ceux du peuple, car ceci il l’a fait une fois pour toutes en s’offrant lui-même.

Heb 7, 23-27
Dans ce passage extrêmement riche, l’auteur expose le caractère parfait du sacerdoce du Christ, le caractère absolument suffisant et définitif de l’offrande qu’il a fait de lui-même à la Croix. Son œuvre sacerdotale est achevée, et n’a donc pas besoin d’être complétée. Comme nous l’avons développé dans nos articles sur l’Eucharistie, l’idée d’avoir à « rendre présent » le sacrifice de la Croix par le sacrifice non-sanglant de l’autel, pour appliquer son efficacité à nos péchés actuels, est foncièrement anti-biblique. « Là où les péchés sont remis, il n’y a plus d’oblation pour le péché » (Heb 10, 18).

Mais nous aimerions également attirer votre attention sur deux mots ou expressions de ce passage.

 

  • « Du fait qu’il demeure pour l’éternité, il a un sacerdoce immuable/ exclusif » (Heb 7, 24)

Nous lisons ce texte dans la version (catholique) de la Bible de Jérusalem. Le mot « immuable » vient traduire le mot original (donc en grec koinè) Aparabatos, qui veut dire littéralement : « à côté de qui on ne peut marcher ».

D’autres traducteurs, qu’ils soient catholiques (comme le Chanoine Osty ou l’Abbé Crampon), ou protestants (comme Louis Segond), vont traduire par «intransmissible » : le Christ a un sacerdoce qui ne se transmet pas. La TOB (Traduction Œcuménique de la Bible) a choisi le terme « exclusif ». La version Parole de Vie traduit par: « jamais personne d’autre ne sera prêtre à sa place. »

Ce qui ressort ici, c’est que contrairement aux prêtres de l’ancienne Alliance qui étaient marqués par la mort et le péché, et qui donc devaient se succéder les uns aux autres en se transmettant la charge sacerdotale, le Christ a un sacerdoce exclusif : il est le seul prêtre.

A ce titre, il est aussi le seul médiateur du salut. C’est ce que Paul rappelle dans sa première épitre à Timothée :

Dieu est unique, unique aussi le médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus, homme lui-même, qui s’est livré en rançon pour tous.

1 Tm 2, 5-6

En fait, l’église catholique ne dément pas le caractère unique du sacerdoce du Christ. Mais remarquons bien la manière avec laquelle elle va articuler cette unicité du sacerdoce christique avec l’existence d’un sacerdoce ministériel:

CEC 1545 : Le sacrifice rédempteur du Christ est unique, accompli une fois pour toutes. Et pourtant, il est rendu présent dans le sacrifice eucharistique de l’Église. Il en est de même de l’unique sacerdoce du Christ : il est rendu présent par le sacerdoce ministériel sans que soit diminuée l’unicité du sacerdoce du Christ : « Aussi le Christ est-Il le seul vrai prêtre, les autres n’étant que ses ministres  » (S. Thomas d’Aquin).

CEC 1548 : Dans le service ecclésial du ministre ordonné, c’est le Christ Lui-même qui est présent à son Eglise en tant que Tête de son Corps, Pasteur de son troupeau, grand prêtre du sacrifice rédempteur, Maitre de la Vérité. C’est ce que l’Eglise exprime en disant que le prêtre, en vertu du sacrement de l’Ordre, agit in persona Christi Capitis :

C’est le même Prêtre, le Christ Jésus, dont en vérité le ministre tient le rôle. Si, en vérité, celui-ci est assimilé au Souverain Prêtre, à cause de la consécration sacerdotale qu’il a reçue, il jouit du pouvoir d’agir par la puissance du Christ Lui-même qu’il représente. (…)

Le Christ est la source de tout sacerdoce : car le prêtre de l’ancienne loi était figure du Christ et le prêtre de la nouvelle agit en la personne du Christ.

Donc, selon le magistère de l’église catholique, le Christ est bien le seul prêtre. Son sacerdoce se rend « simplement » présent à travers le ministère des prêtres, notamment lorsque ces prêtres agissent « in persona Christi ». Autrement dit, pour reprendre une expression un peu désuète, le sacerdoce des quelque 410 000 prêtres catholiques « ne fait pas nombre » avec celui du Christ.

Que penser d’une telle explication ? Pour éclairer cela, nous proposons de recourir à une sorte de parabole.

Imaginez que vous vivez dans un pays gouverné par un roi, et que vous êtes donc sujet de ce royaume. Or vous avez commis un délit et vous avez été condamné d’une lourde peine. En vertu du droit de ce royaume, vous savez que vous pouvez solliciter une grâce de la part du roi en vue de votre acquittement. Cependant, on vous annonce que pour espérer être acquitté, vous devez non seulement obtenir la faveur du roi mais aussi celle de son gouverneur ou « lieutenant » (littéralement celui qui tient sa place, celui qui agit en son nom et avec ses pouvoirs). Plus encore, un veto de la part du lieutenant invaliderait définitivement vos chances d’être acquitté.

Oui, cette histoire est quelque peu insensée car, dans la « vraie vie », le pouvoir de gracier est une prérogative absolue du roi, et dans l’hypothèse très improbable où, sur ce point, il y aurait une délégation de pouvoir, le roi aurait bien sûr le dernier mot. Ce royaume est absurde, nous en convenons, et tant mieux si vous le ressentez aussi. Mais venons-en à notre question : si vous devez à la fois obtenir la faveur du roi et celle de son lieutenant, de combien de médiations, ou de médiateurs, avez-vous besoin ? Deux, n’est-ce pas ?

En fait, même si l’église catholique affirme que le prêtre ne « fait pas nombre » avec l’unique sacerdoce du Christ, dans la pratique vous avez bien affaire à deux médiations distinctes.

Par exemple, lorsque vous avez commis un péché mortel, le magistère vous dit que vous devez non seulement manifester un repentir sincère (c’est-à-dire vous présenter devant Christ et implorer son pardon – et il vous l’accorde ! Car Jésus dit: « Celui qui vient à moi, je ne le jetterai pas dehors », Jn 6, 37), mais que vous devez encore vous confesser à un prêtre et obtenir l’absolution, faute de quoi vous resterez dans cet état de péché mortel. N’est-ce pas affirmer que la médiation du Christ ne suffit pas ? L’église catholique ajoute à la médiation du Christ grand-prêtre celle du prêtre ordonné, et même elle place celle du prêtre au-dessus du Christ. Car, dans la perspective catholique, c’est bien le prêtre qui, dans son confessionnal, détient le pouvoir « souverain », pour ne pas dire arbitraire, de vous accorder ou non l’absolution, et par là de vous ouvrir ou de vous fermer les portes du ciel, selon l’appréciation qu’il portera sur la qualité de votre repentance. Se faire claquer la porte du Ciel au nez : cette expérience est sans doute rarissime aujourd’hui dans nos pays, mais ce fut par exemple le fardeau porté par beaucoup de femmes, dans le Québec d’avant la Révolution tranquille, qui étaient excommuniées par le curé de paroisse au motif qu’elles « empêchaient la famille », c’est-à-dire qu’elles voulaient mettre une limite à leur progéniture déjà fort nombreuse. D’autre part, cette expérience est moins rare, même de nos jours, dans des pays comme les Philippines où règnent un fort légalisme ainsi qu’une survalorisation du pouvoir ecclésiastique.

Autre exemple : lorsque l’église catholique vous dit que vous ne pouvez pas vous contenter de croire en ce que Christ a accompli pour vous sur le mont Golgotha, mais que vous devez encore participer à la célébration de l’Eucharistie pour appliquer le fruit de la Croix à vos péchés actuels, c’est bien affirmer que la médiation du Christ, accueillie dans la foi, ne suffit pas.

Selon cette logique (qui est la logique catholique), il y a donc bien deux médiateurs. Plus encore, la médiation sacramentelle du prêtre, en fait, supplante celle du Christ. C’est elle qui fait autorité. « In persona Christi »: cette notion fait du prêtre le lieutenant terrestre du Christ, et Christ celui qui, dans son humilité, se soumettrait à sa voix. Dieu « obéirait » aux paroles du prêtre, en descendant sur l’autel eucharistique ou en validant le jugement du confesseur. Le prêtre n’est donc plus après Dieu, mais à sa place ou au-dessus de lui. Dans le catholicisme, si le prêtre ne vous accorde pas le salut, vous êtes bel et bien perdu.

Evidemment, pour reprendre notre histoire, si le roi s’était relégué dans son palais, se confinant à un simple rôle de représentation, abandonnant les rênes du gouvernement entre les mains de son lieutenant, ce dernier serait l’unique véritable médiateur, le seul « opérationnel ».

Mais en est-il ainsi du Christ ? C’est le moment de revenir à notre passage de l’épitre aux Hébreux…

 

  • « D’où il suit qu’il est capable de sauver de façon définitive ceux qui par lui s’avancent vers Dieu, étant toujours vivant pour intercéder en leur faveur » (Heb 7, 25)

Ce que l’auteur de l’épitre affirme ici, c’est que Christ ne s’est pas « caché » au ciel après son Ascension. Il n’est pas un Roi et grand-prêtre en retrait/ à la retraite, qui n’agirait plus que par l’intermédiaire de ses prêtres. « Il est le même hier et aujourd’hui, et il le sera à jamais » (Heb 13, 8). Il est donc vivant, il continue d’intercéder pour nous, d’agir dans nos vies. Il exerce son sacerdoce actuellement et pour toujours. Même s’il a voulu associer ses disciples à sa mission, il n’a pas abdiqué. Encore une fois, selon ce texte clé de Paul à Timothée, il est « l’unique médiateur entre Dieu et nous » (1 Tm 2, 5). Il est puissant, présent et agissant, par sa Parole et par son Esprit :

Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre (…). Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde.

Mt 28,18.20

Le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et il s’assit à la droite de Dieu. Pour eux, ils s’en allèrent prêcher en tout lieu, le Seigneur agissant avec eux et confirmant la Parole par les signes qui l’accompagnaient.

Mc 16, 19-20

Dieu a authentifié leur témoignage en y ajoutant le sien, c’est-à-dire, en accomplissant toutes sortes de signes miraculeux, d’actes extraordinaires, de manifestations diverses de sa puissance et en accordant à ces témoins, selon sa propre volonté, de recevoir chacun sa juste part de l’Esprit Saint.

Heb 2, 4

Nous attirons maintenant votre attention sur un autre verset de l’épitre aux Hébreux.

 

  • « A la vérité, si Jésus était sur terre, il ne serait pas même prêtre, puisqu’il y en a qui offrent les dons, conformément à la Loi » (Heb 8, 4)

Ce verset est en parfaite cohérence avec le leitmotiv de cette épitre : il indique bien sûr que le sacerdoce du Christ ne s’insère pas dans le système sacerdotal de l’ancienne Alliance. Pourquoi ? pour 2 raisons :

  1. Christ, dans sa nature humaine, était non pas descendant de la tribu sacerdotale de Lévi, mais de la tribu royale de Juda. C’est pourquoi, comme le dit l’auteur de l’épitre aux Hébreux, il est prêtre, non pas selon la lignée d’Aaron, mais selon « l’ordre de Melchidésech » (Heb 5, 6; 7, 11.15-17).
  2. Pour qu’il soit prêtre sur la terre, il faudrait qu’il ait quelque chose à offrir (cf. Heb 8, 3). Or, il n’ a plus rien à offrir après le sacrifice parfait de la Croix.

Dans le même temps, remarquons que l’auteur ne nous mentionne pas d’autre système sacerdotal qui correspondrait au sacerdoce du Christ. Il n’y a pas d’autre système sacerdotal existant sur la terre que celui qui est « selon la Loi », et que Christ a rendu caduc. Le sacerdoce qui est selon l’alliance nouvelle et « plus excellente » (Heb 8, 6) inaugurée par Christ, ne s’exerce que par Christ, dans les cieux.

En conclusion de ce premier point, nous affirmons que Christ est un grand-prêtre éternel, qui exerce actuellement pour nous son sacerdoce. Parce qu’il a accompli la Rédemption de manière suffisante, parfaitement efficace et définitive, son œuvre sacerdotale n’a pas besoin d’être complétée ou « continuée » par des ministres prêtres le représentant sur la terre. Jusqu’à son retour dans la gloire, Christ sera le seul médiateur entre Dieu et les hommes. Il n’y a pas de place à côté de lui pour un sacerdoce ministériel.

Vous allez nous dire : Pourtant, il y a des responsables dans l’église ! Même les Ecritures témoignent que des leaders ont été établis pour conduire le peuple des croyants. Qui sont-ils ? Quel est leur ministère ? Ne sont-ils pas prêtres ?

C’est ce que nous allons regarder dans cette deuxième partie.

 

 

2. Les leaders de l’église

 

Nous trouvons de nombreuses indications sur les leaders de la jeune église, spécialement dans les épitres pauliniennes dites « pastorales » (lettres à Timothée et Tite). Or la lecture de ces épitres, ainsi que du Nouveau Testament dans son ensemble, conduit à ce constat : le mot grec hiereus qui signifie « prêtre » ou « sacrificateur » n’est jamais associé aux dirigeants de l’église.

En fait, il n’est utilisé dans la Bible que pour trois types de personnes :

  1. Christ, comme prêtre et grand-prêtre
  2. les prêtres de l’ancienne Alliance, dont il est fait mention à maintes reprises, dans les évangiles par exemple.
  3. les croyants de la nouvelle Alliance, en tant qu’ils forment un peuple sacerdotal. C’est ce que nous développerons au troisième point.

Jamais ce mot hiereus ne désigne les Apôtres ni aucun « cadre » de l’église.

Les mots qui servent à qualifier leur ministère sont: episkopos (« gardiens ») et presbuteros (« anciens ») – auxquels il faudrait ajouter le mot diakonos (« serviteurs » qui, à partir d’Actes 6, désigne parfois plus spécifiquement les diacres, c’est-à-dire les responsables mis en place pour le service matériel et l’aide aux pauvres – même si, comme Etienne ou Philippe, ils apparaissent aussi très actifs dans l’évangélisation).

Les deux premiers mots sont interchangeables dans les écrits du Nouveau Testament et correspondent à la fonction d’« anciens ».
Or la tâche des anciens est bien décrite dans les épitres pauliniennes et se décline selon 3 aspects: gouverner, enseigner, protéger.

Ce sont donc des gens qui conduisent l’église, comme des pasteurs:

Soyez attentifs à vous-mêmes, et à tout le troupeau dont l’Esprit Saint vous a établis gardiens [episkopos] pour paitre l’Eglise de Dieu.

Ac 20, 28
Ils instruisent le peuple de Dieu en proclamant la parole, en enseignant les fondements de la vie en Christ :

Les presbytres qui exercent bien la présidence méritent une double rémunération, surtout ceux qui peinent à la parole et à l’enseignement.

1 Tm 5, 17
Enfin, ils protègent le peuple de Dieu, à la fois en luttant contre les faux docteurs, et aussi en se souciant des plus vulnérables : les pauvres, les veuves, les orphelins, les malades :

[L’épiscope doit être] attaché à l’enseignement sûr, conforme à la doctrine ; ne doit-il pas être capable à la fois d’exhorter dans la saine doctrine et de confondre les contradicteurs ?

Tite 1, 9

Quelqu’un parmi vous est-il malade ? Qu’il appelle les presbytres de l’Eglise et qu’ils prient sur lui après l’avoir oint d’huile au nom du Seigneur.

Jc 5, 13-14
Selon le témoignage des Ecritures, les responsables de l’église ont donc ces trois fonctions, qui ne sont pas des fonctions sacerdotales, mais pastorales et doctrinales.

Pour souligner cette découverte, trois remarques complémentaires peuvent nous éclairer:

 

  • 1ere remarque: Même si l’église catholique affirme que le Christ, au moment de la dernière Cène, a « établi ses apôtres prêtres du Nouveau Testament » (CEC 1337), jamais aucun des apôtres n’est présenté, ou ne se présente, comme prêtre [hiereus]: ni Pierre, ni Jean, ni Paul…Tous se nomment apôtres [apostolos], serviteurs [diakonos] ou anciens [presbuteros].

 

  • Deuxième remarque : Arrêtons-nous un peu plus sur les mots utilisés. Episkopos, donc les « surveillants » ou « gardiens », étaient ceux qui prenaient soin du troupeau. Presbuteros signifie littéralement « plus âgé », « plus ancien ». Il s’agit de ceux qui, parce qu’ils avaient plus d’ancienneté dans la communauté, se voyaient confier une autorité pour présider le peuple de Dieu. Comme nous l’avons dit, ces deux mots sont utilisés alternativement dans le Nouveau Testament, sans qu’ils semblent renvoyer à des rôles différents.
    Evidemment, episkopos fait immédiatement écho à « épiscopal »….Dans la langue française, cela a donné le mot « évêque ». Quant à presbuteros, que l’on traduit par « presbytre », cela évoque « presbytère » (le lieu de vie des prêtres), ou « presbyterium » (l’ensemble des prêtres dans un diocèse), et ce mot a abouti au mot « prêtre ».
    Mais attention ! Initialement ces mots n’avaient aucune connotation sacerdotale. Ils renvoyaient simplement à la fonction d’anciens.
    Et en fait, ces « anciens » existaient déjà dans la religion juive. On les désigne d’ailleurs du même mot presbuteros. Or ce mot est clairement distinct de celui de prêtre [hiereus]. On le voit de nombreuses fois dans les évangiles, avec cette espèce de refrain qui revient constamment, « les anciens, les grands prêtres, et les scribes», comme dans cet exemple :

    A dater de ce jour, Jésus commença de montrer à ses disciples qu’il lui fallait s’en aller à Jérusalem, y souffrir beaucoup de la part des anciens [presbuteros], des grands prêtres [archiereus] et des scribes [grammateus], être tué et, le troisième jour, ressusciter.

    Mt 16, 21
    Les anciens étaient donc ces responsables des synagogues, nommés à côté des prêtres et des scribes. Ce sont des mots différents, pour des fonctions différentes. Il est donc évident que l’ancien était distinct du prêtre. Alors prenons garde de ne pas plaquer sur ces mots une signification sacerdotale qu’ils n’avaient pas du tout au départ (et qui, en fait, n’est apparue dans l’histoire de la chrétienté qu’au 3ème siècle, avec une cléricalisation des dirigeants de l’église).

 

  • Troisième remarque: la fonction d’ancien ou d’épiscope recoupe le ministère de pasteur-enseignant, que Paul reconnait en Eph 4. A côté de ce ministère, il en nomme plusieurs autres:

    C’est lui encore [Christ] qui « a donné » aux uns d’être apôtres, à d’autres d’être prophètes, ou encore évangélistes, ou bien pasteurs et docteurs…

    Eph 4, 11
    Il n’est nullement question ici d’un ministère sacerdotal. D’autre part, voici comment Paul poursuit:

    …organisant ainsi les saints pour l’œuvre du ministère, en vue de la construction du Corps du Christ.

    Eph 4, 12
    Il est bien question ici d’organiser et d’équiper les « saints » (autrement dit, ceux qui ont été sauvés) en vue du ministère, pour la croissance de l’Eglise. Les responsables sont là pour aider chacun à exercer les dons spirituels reçus, afin de propager le Royaume de Dieu. Rien à voir avec une médiation de salut.

En conclusion, nous avons bien des responsables de l’église, mais ils ne sont pas des prêtres. Et cela fait toute une différence !
L’église catholique a inventé une fausse médiation, qui est celle du prêtre à travers les sacrements dispensés aux fidèles. Cette vision sacramentaliste fait de la hiérarchie sacerdotale de l’église un moyen indispensable au salut des âmes. Mais, dans l’optique biblique, ce n’est pas par des sacrements que vous devenez enfant de Dieu, recevez son pardon, ou franchissez les portes de la vie éternelle : c’est par votre accueil de la Parole de Dieu, votre foi, votre repentance. Les leaders que Dieu établit pour son peuple accompagnent les fidèles sur leur chemin ; ils ne sont pas eux-mêmes le chemin.

Nous allons maintenant considérer le peuple sacerdotal que nous formons, puisque c’est bien ainsi que la parole de Dieu nous définit.

 

 

3. Le peuple sacerdotal

 

Le mot hiereus, ou son dérivé hierateuma, est en effet employé pour qualifier le peuple de Dieu :

Vous-mêmes, comme pierres vivantes, prêtez-vous à l’édification d’un édifice spirituel, pour un sacerdoce saint, en vue d’offrir des sacrifices spirituels, agréables à Dieu par Jésus-Christ.

1 P 2, 5

Vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis…

1 P 2, 9

On a plusieurs échos de cette affirmation, par exemple en Apocalypse (1,6 ; 5,10 ; 20, 6) :

Il nous aime et nous a lavés de nos péchés par son sang, il a fait de nous une royauté de prêtres, pour son Dieu et Père…

Ap 1, 6
Si vous êtes attentif aux notes de votre bible, vous verrez que Pierre, dans les versets mentionnés plus haut, ne fait que citer un texte de l’Exode où Dieu, déjà, présente son peuple comme un peuple mis à part pour un rôle sacerdotal :

Maintenant, si vous écoutez ma voix et gardez mon alliance, je vous tiendrai pour mon bien propre parmi tous les peuples, car toute la terre est à moi. Je vous tiendrai pour un royaume de prêtres, une nation sainte.

Ex 19, 5-6

Dans la vision de Dieu, Israël était un peuple sacerdotal car:

  1. Dieu l’avait mis à part des autres nations pour qu’il lui appartienne:

    C’est moi, Yahvé votre Dieu qui vous ai mis à part de ces peuples. (…) Soyez-moi consacrés puisque moi, Yahvé, je suis saint, et je vous mettrai à part de tous ces peuples pour que vous soyez à moi.

    Lev 20, 24.26
  2. Dieu l’avait choisi pour qu’il soit son serviteur et célèbre ses louanges:

    Et maintenant, Israël, que te demande Yahvé ton Dieu, sinon de craindre Yahvé ton Dieu, de suivre toutes ses voies, de l’aimer, de servir Yahvé ton Dieu de tout ton cœur et de toute ton âme.

    Dt 10, 12

    Le peuple que je me suis formé publiera mes louanges.

    Is 43, 21
  3. Dieu l’appelait à être son médiateur, en le faisant connaitre, lui le Dieu unique et vrai, auprès des peuples païens, et en donnant naissance au Messie, le Sauveur de toutes les nations:

    C’est vous qui êtes mes témoins, oracle de Yahvé, vous êtes le serviteur que je me suis choisi, afin que vous le sachiez, que vous croyiez en moi et que vous compreniez que c’est moi: avant moi aucun dieu n’a été formé et après moi il n’y en aura pas. Moi, c’est moi Yahvé, et en dehors de moi il n’y a pas de sauveur. C’est moi qui ai révélé, sauvé et fait entendre, ce n’est pas un étranger qui est parmi vous; vous, vous êtes mes témoins, oracle de Yahvé, et moi, je suis Dieu, de toute éternité je le suis.

    Is 43, 10-12

    C’est trop peu que tu sois pour moi un serviteur pour relever les tribus de Jacob et ramener les survivants d’Israël. Je fais de toi la lumière des nations pour que mon salut atteigne aux extrémités de la terre.

    Is 49, 6

Peut-être vous direz-vous : si c’était déjà la vocation du peuple juif que d’être un peuple sacerdotal, qu’y a-t-il de nouveau pour l’Eglise ? Et surtout qu’y a-t-il de contradictoire avec le fait d’avoir des prêtres dans l’Eglise – puisque dans l’ancienne Alliance, la vocation sacerdotale du peuple n’avait pas empêché Dieu d’instituer des prêtres, en mettant à part Aaron et ses descendants (cf. Ex 28) ? Autrement dit, dans l’ancienne comme dans la nouvelle Alliance, un « sacerdoce universel des fidèles » coexisterait avec un « sacerdoce ministériel ». C’est bien ce qu’enseigne l’église catholique. Mais est-ce juste de penser ainsi?

Ce qu’il faut réaliser, c’est que l’ancienne Alliance était une alliance préparatoire et encore imparfaite. La preuve en est que le croyant n’avait même pas la capacité ni la permission de s’approcher de Dieu.

Souvenez-vous de ce passage en Exode 19 :

Yahvé dit à Moïse : Va trouver le peuple et fais-le se sanctifier aujourd’hui et demain; qu’ils lavent leurs vêtements et se tiennent prêts pour après-demain, car après-demain Yahvé descendra aux yeux de tout le peuple sur la montagne du Sinaï. Puis délimite le pourtour de la montagne et dis : « Gardez-vous de gravir la montagne et même d’en toucher le bord. Quiconque touchera la montagne sera mis à mort »…Descends et avertis le peuple de ne pas franchir les limites pour venir voir Yahvé, car beaucoup d’entre eux périraient. Même les prêtres qui approchent Yahvé doivent se sanctifier de peur que Yahvé ne se déchaine contre eux.

Ex 19, 10-12 ; 21-22
Dans l’ancienne Alliance, le peuple a donc ordre de se tenir à distance de Dieu. D’ailleurs, le peuple lui-même a peur de Dieu et réclame des médiateurs, comme on le voit juste un peu plus loin dans l’Exode:

Tout le peuple voyant ces coups de tonnerre, ces lueurs, ce son de trompe et la montagne fumante, eut peur et se tint à distance. Ils dirent à Moïse: « Parle-nous, toi, et nous t’écouterons; mais que Dieu ne nous parle pas, car alors c’est la mort. »

Ex 20, 18-19
Rappelez-vous aussi l’arche de l’Alliance qui, avant la construction du temple, était la présence mystérieuse de Dieu au milieu de son peuple. Interdiction était faite à quiconque d’y toucher, hormis les Lévites. Uzza, dans le 2ème livre de Samuel, est frappé de mort par Dieu parce qu’il a mis la main sur l’arche, avec l’intention pourtant louable de l’empêcher de tomber :

Uzza marchait à côté de l’arche de Dieu et Ahyo marchait devant elle. David et toute la maison d’Israël dansaient devant Yahvé de toutes leurs forces, en chantant au son des cithares, des harpes, des tambourins, des sistres et des cymbales. Comme on arrivait à l’aire de Nakôn, Uzza étendit la main vers l’arche de Dieu et la retint, car les bœufs la faisaient verser. Alors la colère de Yahvé s’enflamma contre Uzza : sur place, Dieu le frappa pour cette faute, et il mourut là, à côté de l’arche de Dieu.

2 Sam 6, 4-7

Bref, dans cette alliance imparfaite, les membres du peuple d’Israël dépendaient encore du prêtre pour accéder à la présence de Dieu et à son pardon.

Mais tout est différent dans cette nouvelle Alliance « plus excellente » inaugurée par Jésus Christ : comme les croyants de l’ancienne Alliance, mais cette fois de manière parfaite, je suis prêtre ! J’ai la foi en Christ, qui est « le chemin » (Jn 14, 6) et par lui j’ai un accès direct au Père.

L’Evangile de Matthieu précise qu’au moment de la mort du Christ, le voile du sanctuaire a été déchiré :

Jésus, poussant de nouveau un grand cri, rendit l’esprit. Et voilà que le voile du Sanctuaire se déchira en deux, du haut en bas.

Mt 27, 50-51
Ce rideau du temple délimitait l’accès au saint des saints qui était vraiment le lieu sacré par excellence, là où la présence de Dieu se manifestait. Seul le grand-prêtre, une fois par an, pouvait franchir ce rideau. Par sa mort, Jésus a déchiré le rideau du temple, ce qui veut dire qu’il nous donne à tous accès à la présence de Dieu. Nous sommes affranchis de toute médiation humaine, sacerdotale et sacramentelle. C’est notre privilège, par la foi en Christ.

 

Allons plus loin, pour bien cerner ce privilège qui nous est offert comme croyant de la nouvelle Alliance :

  • Premièrement, nous avons non seulement accès à la présence de Dieu, mais nous sommes encouragés à nous approcher de lui avec une pleine assurance :

    Avançons-nous donc avec assurance vers le trône de la grâce.

    Heb 4, 16

    Ayant donc, frères, l’assurance voulue pour l’accès au sanctuaire par le sang de Jésus, par cette voie qu’il a inaugurée pour nous, récente et vivante, à travers le voile….approchons-nous avec un cœur sincère, dans la plénitude de la foi…

    Heb 10, 19

 

  • Deuxièmement, cette présence de Dieu, nous la trouvons en nous, par l’Esprit Saint qui nous habite. Nous ne nous approchons plus de Dieu, de l’extérieur, car nous sommes la demeure de Dieu par la présence du Saint Esprit:

    Vous, vous n’êtes pas dans la chair, mais dans l’esprit, puisque l’Esprit de Dieu habite en vous. Qui n’a pas l’Esprit du Christ ne lui appartient pas.

    Rm 8, 9-10

    Ne savez-vous pas que vous êtes un temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ?

    1 Co 3, 16
    Pour le croyant né de nouveau, il n’y a plus d’intermédiaire ni d’obstacle, mais une communion directe et personnelle avec Dieu.
    Et c’est pourquoi le rôle sacerdotal n’est plus l’apanage d’une caste. Il n’est pas réservé à ceux qui appartiennent à une tribu ou qui reçoivent un rite d’ordination. Il est pour nous tous, qui appartenons à Christ.

 

Or, comme les prêtres de l’ancienne Alliance avaient des dons et des sacrifices à offrir, nous avons, nous aussi, des sacrifices à offrir en vertu de notre sacerdoce.

L’épitre aux Hébreux nous parle de deux sacrifices « agréables à notre Dieu »: la louange et l’entraide fraternelle :

Par lui, offrons à Dieu un sacrifice de louange en tout temps, c’est-à-dire le fruit de lèvres qui confessent son nom. Quant à la bienfaisance et à la mise en commun des ressources, ne les oubliez pas, car c’est à de tels sacrifices que Dieu prend plaisir.

Heb 13, 15-16

Paul nous parle d’un autre sacrifice, très fondamental, celui de notre personne :

Je vous exhorte donc, frères, par la miséricorde de Dieu, à offrir vos personnes en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu: c’est là le culte spirituel que vous avez à rendre. Et ne vous modelez pas sur le monde présent, mais que le renouvellement de votre jugement vous transforme et vous fasse discerner quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui lui plait, ce qui est parfait.

Rm 12, 1-2

Paul souligne cette exigence de consécration totale. Nous sommes appelés à nous offrir tout entiers, avec un corps sanctifié et une intelligence renouvelée. Toute notre vie est sacerdotale. C’est là notre appel, en tant que prêtre de la nouvelle Alliance. Que la Parole de Dieu accomplisse en nous ce qu’elle signifie, qu’elle fasse de nous des prêtres qui lui soient consacrés et des offrandes qui lui soient agréables!

Enfin, que par nos vies transformées par sa grâce, nous puissions être ses témoins! Le prêtre est celui qui donne Dieu au monde. Comme le peuple d’Israël était appelé à révéler Dieu auprès des nations, de la même façon, dans le plan de Dieu, tout chrétien né de nouveau est mis à part pour être « sel de la terre et lumière du monde ». « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Tm 2, 4), et il nous appelle tous, comme prêtres, à œuvrer à cette mission.

 

 

 

Conclusion

 

Le catholicisme est une religion, et comme toutes les religions, il offre des moyens, somme toute humains, pour s’élever vers Dieu, et ultimement accéder au salut. Le sacerdoce ministériel s’inscrit dans cette optique religieuse. L’église catholique impose aux fidèles une médiation humaine : pas de prêtre, pas de sacrement; pas de sacrement, pas de salut.

Cependant, la parole de Dieu est claire : le sacerdoce dans l’Eglise de Dieu, c’est:

  1. celui du Christ. Il n’y a plus d’autre médiateur entre Dieu et les hommes que notre Sauveur Jésus. A la Croix, « tout est accompli » (Jn 19, 30). Et Christ continue de sauver parfaitement tous ceux qui viennent à lui dans la foi et la repentance.
  2. celui des croyants. Comme prêtres, nous avons le privilège d’être en relation intime avec Dieu et de lui appartenir. Il nous a appelés pour que nous lui présentions des sacrifices parfaits, en le servant, en le louant, en nous offrant tout entiers. Enfin, nous avons le mandat d’être ses témoins, en proclamant sa Parole avec les dons distribués par l’Esprit.

On pourrait dire que le catholicisme a quitté l’ancienne Alliance sans véritablement entrer dans la nouvelle. Oui, il a reconnu caducs certains préceptes de la Loi juive (les sacrifices d’animaux, la circoncision, le sabbat…), et il s’est tourné vers Christ, mais par sa Tradition il a inventé de nombreuses autres observances « spirituelles » qui sont autant de fardeaux posés sur les épaules des fidèles, en particulier les sacrements. Dans le fond, le sacerdoce catholique reste dans la continuité du sacerdoce lévitique, puisque la vie divine reste médiatisée par un clergé qui officie à travers des rites. Ce faisant, l’église catholique n’a pas pleinement accueilli le principe de la grâce: le salut en Christ seul, par la grâce seule, par le moyen de la seule foi.

Alors, comme aux chrétiens de Galate qui, soumis à l’influence des judaïsants, voulaient se confier en Christ tout en restant attachés à des préceptes dépassés (en particulier le rite de la circoncision), Paul pourrait dire aux catholiques:

Maintenant que vous avez connu Dieu, ou plutôt qu’il vous a connus, comment retourner encore à ces éléments sans force ni valeur, auxquels à nouveau, comme jadis, vous voulez vous asservir?

Ga 4, 9

C’est pour que nous restions libres que le Christ nous a libérés. Donc tenez bon et ne vous remettez pas sous le joug de l’esclavage.

Ga 5, 1

Autre chose: on parle beaucoup des abus commis dans la sphère ecclésiale, et de plus en plus on reconnait l’existence d’abus spirituels, souvent associés à des abus de pouvoir ou à des abus de conscience: une personne revêtue d’une autorité spirituelle va se servir de sa position pour manipuler la soif de sainteté d’une autre personne jusqu’à instaurer sur elle une emprise. La communion avec Dieu est insidieusement remplacée par l’entière soumission à celui qui prétend être son « instrument ».

Ego sur-dimensionné, profil de pervers-narcissique, personnalité ultra-charismatique avec une absence de contre-pouvoirs ecclésiaux… tous ces éléments incriminés ont évidemment leur rôle dans la mise en place d’un tel abus. Mais cette analyse suffit-elle? Dans sa « Lettre au peuple de Dieu » (20 août 2018), le pape François a mis le doigt sur un problème plus fondamental encore: la mentalité cléricaliste, c’est-à-dire « une manière déviante de concevoir l’autorité dans l’Eglise », avec une sur-valorisation du prêtre en même temps qu’une sous-évaluation de la grâce baptismale des fidèles. « Dire non aux abus, c’est dire non, de façon catégorique, à toute forme de cléricalisme », a-t-il conclu.

Mais le pape François, s’il a condamné le cléricalisme, n’a pas remis en cause la doctrine sur le sacerdoce ministériel – et comment pourrait-il d’ailleurs ébranler un des piliers majeurs de la Tradition infaillible de l’église catholique?

Et pourtant, nous posons la question: Et si le drame des abus spirituels avait sa racine, non pas dans la déviance personnelle d’un prêtre (ou d’un religieux), ni même dans une culture cléricaliste, mais plus profondément encore, dans la doctrine du sacerdoce ministériel?  Vous faire croire que, dans votre marche avec Christ, vous dépendez encore du prêtre pour recevoir la vie divine, c’est déjà un abus spirituel! C’est même l’essence de tout abus spirituel.

Si jusqu’à ce jour vous avez adhéré à la doctrine enseignée par le magistère de l’église catholique, vous avez donc un choix à poser : continuer de vous appuyer sur un système religieux qui est erroné (quelles que soient la sincérité et la sainteté des personnes qui y participent), ou céder à la vérité de la Révélation.

La parole de Dieu nous enseigne. Elle éclaire, elle guide ceux qui cherchent la vérité. Vous pensez que nous ne faisons que communiquer notre interprétation personnelle des Ecritures ? Soit ! Ne vous arrêtez surtout pas à cet article, ne vous reposez pas sur ce que l’un ou l’autre prêche. Plongez vous-même dans la parole, lisez ces textes, comparez-les, cherchez, questionnez…et vous trouverez :

A l’homme qui révère l’Eternel,
L’Eternel montre la voie qu’il doit choisir.

Ps 25, 12