La doctrine du purgatoire peut sembler anodine ou anecdotique. Pourtant, elle a un impact majeur sur la compréhension du mystère du salut, et elle tient encore une grande place dans la dévotion catholique. Il est crucial d’en examiner les fondements théologiques.

Si vous êtes un pratiquant assidu, il vous est certainement arrivé d’offrir des messes pour des défunts de votre famille, ou de prier des chapelets afin qu’ils puissent accéder le plus vite possible au paradis. Peut-être aussi avez-vous prié à l’intention plus générale des âmes du purgatoire, ou avez-vous demandé des grâces par leur intercession.

Si vous êtes un « catholique à gros grains », ce type d’offrandes ou de prière pourrait vous être moins familier. Vous devez cependant réaliser que chaque messe à laquelle vous assistez, même de manière occasionnelle, accrédite cette doctrine :

CEC1371 : Le sacrifice eucharistique est aussi offert pour les fidèles défunts qui sont morts dans le Christ et ne sont pas encore pleinement purifiés, pour qu’ils puissent entrer dans la lumière et la paix du Christ.[1]

Ainsi, toute messe est célébrée à l’intention des fidèles du purgatoire. L’Eucharistie peut aussi être offerte pour un défunt en particulier (à la demande par exemple de sa famille, qui doit alors verser une offrande de messe – ce qui représente aujourd’hui la somme d’environ 15-20 euros ), ainsi que pour les paroissiens qui viennent de décéder et dont on présume qu’ils sont au purgatoire:

Souviens-toi de tes serviteurs qui nous ont précédés, marqués du signe de la foi, et qui dorment dans la paix…Pour eux et pour tous ceux qui reposent dans le Christ, nous implorons ta bonté : qu´ils entrent dans la joie, la paix et la lumière. (prière eucharistique 1)

Il est important de voir clair sur cette doctrine à laquelle vous adhérez, soit de manière explicite, soit de manière implicite à travers des pratiques auxquelles vous êtes associés.

C’est pourquoi, après un premier article centré sur le purgatoire, nous vous proposons de revenir sur ce sujet, mais de façon différente. Nous avions examiné les 3 « piliers » bibliques de cette doctrine; cette fois nous allons regarder ses 3 fondements théologiques, et les mettre à l’épreuve de la parole de Dieu.

 

1. Péché mortel/ péché véniel

Notre premier point concerne le regard que l’église catholique porte sur la réalité du péché, avec la distinction entre péché mortel et péché véniel.

Nous allons expliquer de quoi il s’agit et éclairer le lien qui existe entre ces notions et le purgatoire.

 

1.1. le péché mortel

Le péché mortel, comme on peut le supposer, est un péché que l’église catholique définit comme grave, et ce pour trois raisons :

  • l’acte qui a été commis est objectivement grave (le meurtre ou l’adultère, par exemple)
  • il a été posé de manière pleinement consciente
  • l’intention qui a motivé cet acte était foncièrement mauvaise : le pécheur avait l’intention délibérée d’enfreindre la Loi de Dieu et/ou de causer du tort à son prochain

Ces critères sont récapitulés dans le Catéchisme:

CEC 1857: Pour qu’un péché soit mortel trois conditions sont ensemble requises : « Est péché mortel tout péché qui a pour objet une matière grave, et qui est commis en pleine conscience et de propos délibéré . »

Si ce péché est qualifié de « mortel », c’est qu’il entraine la mort éternelle, c’est-à-dire à la privation de la vie éternelle avec Dieu. Bref, il conduit à l’enfer:

CEC 1861 : Le péché mortel est une possibilité radicale de la liberté humaine comme l’amour lui-même. Il entraine la perte de la charité et la privation de la grâce sanctifiante, c’est-à-dire de l’état de grâce. S’il n’est pas racheté par le repentir et le pardon de Dieu, il cause l’exclusion du Royaume du Christ et la mort éternelle de l’enfer…

Autrement dit, si celui qui est coupable de péché mortel ne manifeste pas un repentir sincère et profond, il sera éternellement coupé de Dieu. La confession auprès d’un prêtre est même nécessaire pour éviter cette issue fatale :

CEC 1493 : Celui qui veut obtenir la réconciliation avec Dieu et avec l’Eglise, doit confesser au prêtre tous les péchés graves qu’il n’a pas encore confessés…

CEC 1497 : La confession individuelle et intégrale des péchés graves suivie de l’absolution demeure le seul moyen ordinaire pour la réconciliation avec Dieu et avec l’Eglise.

 

1.2. le péché véniel

Au contraire, le péché dit « véniel » est considéré par l’église catholique comme une faute plus légère. On y mettrait volontiers tous nos « petits péchés » du quotidien : j’ai eu une pensée mauvaise contre quelqu’un, j’ai jalousé une personne, j’ai menti…

L’église catholique affirme que ce péché véniel ne nous rend pas « contraires à la volonté et à l’amitié divines » et qu’il ne nous prive ni de la grâce ni de la communion (ou béatitude) éternelle avec Dieu :

CEC 1863: Le péché véniel ne nous rend pas contraires à la volonté et à l’amitié divines; il ne rompt pas l’alliance avec Dieu. Il est humainement réparable avec la grâce de Dieu. Il ne prive pas de la grâce sanctifiante ou déifiante et de la charité, ni par suite, de la béatitude éternelle.

Il faut retenir que le péché véniel ne nous barre pas la porte du paradis. Néanmoins, il laisse une souillure, une séquelle à l’âme – dont il faudra se purifier. Et c’est là, la raison d’être de ce « lieu » intermédiaire appelé purgatoire.

Voici ce que le magistère de l’église catholique enseigne aux fidèles. Que nous dit maintenant la parole de Dieu ?

 

1.3. le regard biblique sur le péché

 

  • tout péché mérite la mort

La Bible nous livre le regard que Dieu porte sur le péché, et c’est un regard plus radical. En témoigne cette formule de l’apôtre Paul :

Le salaire du péché, c’est la mort.

Rm 6, 23
Remarquons que Paul ne parle pas ici de tel ou tel péché, ni du péché « grave ». Il parle du péché ; et il considère que la conséquence du péché, c’est la mort. Pourquoi ? parce que le péché, quel qu’il soit, est une rupture de la communion avec Dieu. De ce point de vue, il n’y a pas de petit ou de grand péché. Tout péché implique la mort, la brisure radicale avec Dieu.

Dans le précédent article, nous évoquions le livre du Lévitique, aux chapitres 5 et 6, qui détaillent les prescriptions de la Loi concernant les sacrifices pour les péchés. Les péchés demandaient en effet d’être réparés par l’offrande d’un sacrifice. Et nous avons vu que les fautes dont il était question ici étaient des fautes commises par ignorance, de manière peu consciente, peu volontaire….tous ces petits manquements qu’aujourd’hui on ne qualifierait même plus de péchés, mais que Dieu lui, ne banalise pas du tout puisqu’il exige, pour leur réparation, le sacrifice d’un animal.

Pourquoi verser le sang d’un animal ? Était-ce pour frapper les esprits ? Pour s’ajuster aux coutumes religieuses de l’époque ? Non, c’était pour que le pécheur se place devant cette vérité : le péché commis lui méritait la mort. Et Dieu dans sa miséricorde permettait qu’un animal soit sacrifié à la place du pécheur, afin que ce dernier reçoive pardon et vie.

Ces sacrifices animaux préfiguraient le sacrifice de la Croix, le sacrifice parfait :

Mais lui, il a été transpercé à cause de nos crimes, écrasé à cause de nos fautes…

Is 53, 5
Si Christ a souffert le supplice de la Croix, ce n’était pas seulement pour nous démontrer le plus grand amour. C’était pour prendre la place des pécheurs, et pas juste celle des grands criminels – la place de tous les pécheurs, c’est-à-dire notre place à tous. Parce que, comme pécheurs, nous sommes tous morts spirituellement :

Vous étiez morts par suite des fautes et des péchés dans lesquels vous avez vécu jadis…

Eph 2, 1
On aime à penser qu’il y a de petits et de grands péchés. Le regard juridique, en effet, catégorise les délits en fonction de leur gravité et va chercher à mesurer la culpabilité des criminels. Une telle hiérarchisation des fautes convient à notre psychologie. Mais le regard que la Révélation nous communique est celui que Dieu lui-même porte sur le péché. Or, selon Dieu, tout péché réalise une rupture de l’alliance avec lui, et nous vaut la mort spirituelle.

Le plus « petit » des péchés nous rend coupables devant Dieu. Jacques l’énonce clairement dans son épitre :

Aurait-on observé la Loi tout entière, si l’on commet un écart sur un seul point, c’est du tout qu’on devient justiciable.  

Jc 2,10
Donc, un faux pas sur le moindre des commandements, et nous sommes coupables devant Dieu. Aucun pécheur ne peut se tenir debout devant le Dieu Saint!

 

  • un péché « qui ne conduit pas à la mort »?

Peut être connaissez vous un autre texte biblique, dans la première épitre de Jean, qui semble en contradiction avec ce que nous venons d’affirmer :

Quelqu’un voit-il son frère commettre un péché ne conduisant pas à la mort, qu’il prie et Dieu donnera la vie à ce frère. Il ne s’agit pas de ceux qui commettent le péché conduisant à la mort; car il y a un péché qui conduit à la mort; pour ce péché-là, je ne dis pas qu’il faut prier. Toute iniquité est péché mais il y a tel péché qui ne conduit pas à la mort.

1Jn 5.16-17:

Ce texte semble justifier la fameuse distinction péché véniel/ péché mortel, et c’est pourquoi le magistère s’y réfère dans le Catéchisme:

CEC 1854 : Il convient d’apprécier les péchés selon leur gravité. Déjà perceptible dans l’Ecriture [la note renvoie ici à 1 Jn 5, 16-17], la distinction entre péché mortel et péché véniel s’est imposée dans la tradition de l’Eglise. L’expérience des hommes la corrobore.

Mais est-ce bien ainsi qu’il faut comprendre les propos de Jean?

Il est possible que l’apôtre fasse allusion à des péchés extrêmement graves, par exemple à ce blasphème contre l’Esprit Saint dont nous avons parlé dans un précédent article. Lorsqu’il y a un endurcissement forcené du cœur, un rejet répété et durable de la grâce de Dieu, bien sûr que ce péché conduit à la mort. Et bien sûr aussi que certains péchés n’impliquent pas un tel endurcissement.

Mais, pour bien cerner le sens de ce passage, nous devons le replacer dans l’ensemble de l’épitre de Jean. Or cette épitre est traversée par une espèce de dualité:

  • il y a celui qui marche dans la lumière. Et il y a celui qui marche dans les ténèbres.
  • il y a celui qui pratique la justice. Et il y a celui qui pratique le péché.
  • il y a celui qui est certes pécheur, mais qui refuse de se laisser dominer par le péché. Il est né de Dieu, et il veut que la grâce de Dieu prenne tout en lui. Celui-là va à la vie éternelle. Et il y a celui qui s’adonne au péché, qui le cultive, au point de choisir le péché comme principe directeur de sa vie. Celui-là est de l’anti-Christ, et il va à la mort éternelle.

Donc la dualité que Jean nous décrit n’est pas celle qui opposerait un péché léger/véniel à un péché grave/mortel. Cette dualité se dessine autour de deux attitudes fondamentales par rapport au péché.

Nous maintenons que, selon la parole de Dieu, tout péché est mortel. Mais face à ce péché qui vous condamne, vous avez deux options (et deux seulement):

Vous pouvez vous remettre entièrement au Christ qui vous lave dans son sang, et alors vous avez l’assurance de la vie éternelle:

Vous avez l’assurance de la vie éternelle.

1Jn 5,13
Ou bien vous rejetez le salut offert en Christ et vous êtes voué à la mort éternelle.

La doctrine du purgatoire est non seulement erronée mais dangereuse, en ce qu’elle trompe les consciences sur l’issue fatale du péché, et voile la radicalité du choix qui s’impose à tout homme ici-bas.

 

 

2. la peine temporelle

Le deuxième aspect théologique qui sous-tend la doctrine du purgatoire est connexe au premier : c’est l’aspect de la peine liée au péché.

 

2.1. une peine à purger malgré le pardon?

L’église catholique nous parle des deux peines du péché. Il y a la peine éternelle, qui correspond à la damnation éternelle ; et il y a la peine temporelle, qui se trouve ici explicitée par rapport au péché véniel :

CEC 1472 : Tout péché, même véniel, entraine un attachement malsain aux créatures, qui a besoin de purification, soit ici-bas, soit après la mort, dans l’état qu’on appelle Purgatoire. Cette purification libère de ce qu’on appelle la « peine temporelle » du péché.

Comme on l’a déjà dit, l’église catholique enseigne que le péché véniel laisse une trace, et que pour s’en libérer, le pécheur devra purger une certaine « peine »… même après avoir obtenu le pardon par l’absolution du prêtre. Après la confession, il faut encore la réparation.

Ce processus peut commencer sur la terre, par l’acceptation aimante des épreuves et des souffrances, l’accomplissement de bonnes œuvres, ou encore l’obtention de ce qu’on appelle des « indulgences »…autant de « bons points » qui accéléreront le processus et éviteront de trop longues prolongations après la mort. Par exemple, à l’occasion de certaines années dites « jubilaires », l’église catholique propose des rituels tels que le passage d’une « porte sainte » (généralement la porte d’une cathédrale). Le pape Jean-Paul II a mis à l’honneur ce type de rituels lors du Grand Jubilé de l’an 2000. En 2008, pour le 150ème anniversaire des apparitions de Lourdes, le pape Benoit VXI a accordé l’indulgence plénière à ceux qui se rendraient à la grotte de Massabielle ou viendraient en quelque lieu que ce soit se recueillir devant l’image de la Vierge de Lourdes.  Plus récemment, en 2013, le pape François a accordé l’indulgence (plénière) à ceux qui, à défaut de pouvoir participer aux Journées Mondiales de la Jeunesse, s’abonneraient à son compte Twitter.

L’indulgence, c’est une remise de la peine temporelle, accordée sous certaines conditions (s’être confessé à un prêtre, avoir reçu la communion, avoir prié aux intentions du pape, …), au nom de Dieu, par l’église catholique qui s’attribue ainsi le rôle de juge des peines et de gérante de la grâce divine:

CEC 1471: L’indulgence est la rémission devant Dieu de la peine temporelle due pour les péchés dont la faute est déjà effacée, rémission que le fidèle bien disposé obtient à certaines conditions déterminées, par l’action de l’Eglise, laquelle, en tant que dispensatrice de la rédemption, distribue et applique par son autorité le trésor des satisfactions du Christ et des saints.

En obtenant une indulgence, les fidèles réduisent le temps qu’ils passeront au purgatoire (dans le cas d’une indulgence « partielle »), ou mieux, ils remettent le compteur à zéro (dans le cas d’une indulgence « plénière »). Un fidèle qui décèderait aussitôt après une indulgence plénière, gagnerait un ticket direct pour le ciel!

On voit ainsi le lien entre le péché véniel et la peine temporelle, puis entre la peine temporelle et le purgatoire. Le purgatoire est un univers carcéral temporaire; il se précise comme étant l’étape par laquelle les fidèles vont achever de faire réparation pour leurs fautes vénielles.

Est-ce conforme à ce que la parole de Dieu nous enseigne?

 

2.2. le Christ a réglé le problème du péché

Tout est accompli!

Jn 19, 30
Par ces paroles, le Christ ne veut pas seulement exprimer que ses souffrances sont sur le point de prendre fin ; il sait qu’il a accompli tout ce qui était nécessaire au salut de nos âmes. Il sauve parfaitement tous ceux qui s’avancent vers lui et qui reçoivent de lui le pardon de leurs fautes.

L’auteur de l’épitre aux Hébreux ne cesse de proclamer le caractère parfait, définitif, absolument efficace du sacrifice de la Croix :

Par une oblation unique, il a rendu parfaits pour toujours ceux qu’il sanctifie. Or l’Esprit Saint lui aussi nous l’atteste; car après avoir déclaré: « Telle est l’alliance que je contracterai avec eux après ces jours-là », le Seigneur dit: « Je mettrai mes lois dans leur cœur, et je les graverai dans leurs pensées. Ni de leurs péchés, ni de leurs offenses, je ne me souviendrai plus ». Or là où les péchés sont remis, il n’y a plus d’oblation pour le péché.

Heb 10, 14-18
La Bible nous affirme que le pardon que nous recevons du Christ est complet : il n’y a plus d’offrande à faire, plus de sacrifice à offrir, plus rien à expier. Le prix a été payé, la cédule de notre dette a été effacée, nous sommes acquittés.

Encore une séquelle ? une tache qui nous colle à la peau ? une pénalité à purger ? une pénitence à faire ? L’Eternel déclare :

C’est moi, moi, qui efface tes crimes par égard pour moi, et je ne me souviendrai plus de tes fautes.

Is 43, 25
Dieu accueille notre repentir en effaçant complètement nos péchés, ainsi que ses conséquences :

  • nous sommes « affranchis du péché » et de son emprise (Rm 6, 18),
  • nous sommes guéris par les blessures du Christ (1 P 2, 24).
  • nous sommes libérés de toute culpabilité :

    Il n’y a donc plus maintenant de condamnation pour ceux qui sont dans le Christ Jésus.

    Rm 8, 1

    Que dire après cela ? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Lui qui n’a pas épargné son propre Fils mais l’a livré pour nous tous, comment avec lui ne nous accordera-t-il pas toute faveur ? Qui se fera l’accusateur de ceux que Dieu a élus ? C’est Dieu qui justifie. Qui donc condamnera ? Le Christ Jésus, celui qui est mort, que dis-je ? ressuscité, qui est à la droite de Dieu, qui intercède pour nous ?

    Rm 8, 31-34

En Jésus, nous marchons dans la victoire et la liberté !

La notion de peine temporelle relève d’une logique religieuse qui consiste à penser que l’homme, ployant sous le poids de sa condition pécheresse, doit satisfaire par lui-même à la justice de Dieu. La logique de la foi, elle, consiste à croire qu’en Christ, toute justice a été déjà accomplie et qu’il nous est offert d’en être les bénéficiaires.

 

3. la communion des saints

Le troisième aspect théologique impliqué dans la doctrine du purgatoire est un aspect majeur de la piété catholique : il s’agit de la communion des saints.

 

3.1. une communication de biens spirituels entre ciel et terre

Voici un extrait du Catéchisme qui définit la « communion des saints » :

CEC 1475 : Dans la communion des saints « il existe donc entre les fidèles – ceux qui sont en possession de la patrie céleste, ceux qui ont été admis à expier au purgatoire ou ceux qui sont encore en pèlerinage sur la terre – un constant lien d’amour et un abondant échange de tous biens.

Cette « communion » englobe donc tous les fidèles : ceux de « l’église militante » (sur la terre), ceux de « l’église triomphante » (dans la gloire du ciel), et ceux de « l’église souffrante » (au purgatoire).

Et cette communion est présentée comme « un abondant échange de tous biens ». Plus qu’une communion, il s’agirait en fait d’une communication de biens spirituels:

CEC 947 : Puisque tous les croyants forment un seul corps, le bien des uns est communiqué aux autres.

Précisons que, selon la théologie catholique, les âmes qui sont au purgatoire ne peuvent plus rien pour elles-mêmes. Elles sont dans un état de passivité et d’impuissance, dans le sens où elles sont incapables d’accélérer le processus dans lequel elles sont plongées ; elles sont condamnées à se laisser purifier, jusqu’au jour où la porte du paradis leur sera ouverte. Elles sont donc dépendantes de notre prière, ainsi que de nos bonnes œuvres et de tout ce que nous pourrions offrir en leur faveur :

CEC 1479 : Puisque les fidèles défunts en voie de purification sont aussi membres de la même communion des saints, nous pouvons les aider entre autres en obtenant pour eux des indulgences, de sorte qu’ils soient acquittés des peines temporelles dues pour leurs péchés.

Ces âmes du purgatoire sont d’autant plus mendiantes de la sollicitude des vivants qu’elles souffrent cruellement dans l’attente du ciel. Certes, la réalité du purgatoire a été largement aseptisée dans la mentalité moderne. Mais si l’on consulte les écrits de grands mystiques largement honorés par l’église, on découvre que l’état du purgatoire est loin d’être indolore. Citons par exemple, ste Catherine de Gênes (1447-1510) :

Les âmes endurent dans ces lieux des tourments si grands et si terribles qu’il n’y a ni langue pour les exprimer ni entendement pour en concevoir la moindre étincelle(…) L’âme est tellement embrasée du désir qu’elle a de posséder Dieu et d’être transformée en lui, que c’est en cela que consiste son principal tourment en purgatoire. Elle ne considère pas toutes ces pensées ni toutes ces flammes qui l’environnent : ce qui la tourmente et qui la brûle davantage, c’est cette ardeur violente qu’elle a de jouir de Dieu, sans pouvoir le satisfaire[2].

Ou encore St Jean-Marie Vianney, le « curé d’Ars » (1786-1859):

Comment pourrai-je faire le tableau déchirant des maux qu’endurent ces pauvres âmes, puisque les saints Pères nous disent que les maux qu’elles endurent dans ces lieux semblent égaler les souffrances que Jésus-Christ a endurées pendant sa douloureuse Passion ? Le feu du purgatoire est le même que celui de l’enfer, la différence qu’il y a c’est qu’il n’est pas éternel. Ce feu est si violent qu’une heure semble à ceux qui l’endurent des milliers de siècles. Si l’on pouvait comprendre la grandeur de leurs supplices, nuit et jour nous crierions miséricorde pour elles.[3]

Bref, par cette spiritualité du purgatoire, les fidèles sont exhortés à compatir aux souffrances des défunts en leur portant secours.

Dans l’autre sens, les âmes du purgatoire pourraient soutenir les vivants dans leur pèlerinage terrestre. L’église catholique souligne leur capacité d’intercession :

CEC 958 : Notre prière pour les défunts peut non seulement les aider mais aussi rendre efficace leur intercession en notre faveur.

C’est ainsi que vivants et défunts du purgatoire seraient solidaires les uns avec les autres dans leur marche vers la gloire du ciel.

Mais que nous dit la Bible?

 

3.2. la vision biblique: deux mondes séparés

Le complet silence des Ecritures est éloquent ! Jamais elles ne nous disent que nous pourrions intercéder en faveur des défunts. Jamais non plus, elles ne nous disent que les défunts pourraient intercéder pour nous.

Voici plutôt quels sont nos intercesseurs célestes:

  • Christ, éternel et parfait grand-prêtre :

    Il est capable de sauver de façon définitive ceux qui par lui s’avancent vers Dieu, étant toujours vivant pour intercéder en leur faveur.

    Heb 7, 25
  • l’Esprit Saint Paraclet:

    L’Esprit Saint lui-même intercède pour nous en des gémissements ineffables, et Celui qui sonde les cœurs sait quel est le désir de l’Esprit et que son intercession pour les saints correspond aux vues de Dieu.

    Rm 8, 26-27

Pour ce qui est de nous, il ne nous est pas permis d’interférer dans le monde de l’au-delà. Comme dans la parabole « du mauvais riche et du pauvre Lazare » racontée par Jésus en Lc 16, 19-31, il y a une distance qui s’impose entre la terre et le ciel. Même s’il est naturel de vouloir prolonger au-delà de la mort une relation qui était marquée par la charité, même s’il est légitime que nous nous soucions du sort de nos défunts, nous avons à remettre les âmes entre les mains de Dieu, lui qui est le juge souverain, le gardien des vivants et des morts. Ce qui se joue après la mort ne nous appartient pas.

Nous devons aussi accepter que la terre soit le lieu du choix. Les vivants ont dans leurs propres mains le choix qui déterminera définitivement leur sort éternel:

Je prends aujourd’hui à témoin contre vous le ciel et la terre: je te propose la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction. Choisis donc la vie, pour que toi et ta postérité vous vous viviez, aimant Yahvé ton Dieu, écoutant sa voix, t’attachant à lui; car là est ta vie…

Dt 30, 19-20

 

 

Conclusion

 

La doctrine du purgatoire diffuse trois mensonges:

  1. Nous ne sommes pas totalement perdus, car certaines fautes ne produisent pas de rupture radicale avec Dieu et ne nous privent pas de la béatitude éternelle.
  2. Nous ne sommes pas parfaitement sauvés puisqu’il y a encore une peine à purger.
  3. Il y a aura encore un temps après la mort pour vivre une solidarité entre vivants et défunts, au bénéfice des  uns et des autres.

 

Mais, en réponse, la Parole de Dieu nous enseigne 3 vérités capitales:

  1. Nous sommes totalement perdus sans le Christ. Et nous devons avoir cette conviction du péché que l’Esprit Saint produit : cette conviction que, comme pécheurs, nous sommes perdus, spirituellement morts et voués à la mort éternelle.
  2. Nous avons tout en Christ. Si nous accueillons le salut qu’il nous a acquis, nous sommes rachetés de manière totale et définitive, nous sommes entièrement purifiés et n’avons plus rien à payer ni à purger. Bien sûr, nous devons garder cette réalité du salut dans notre vie, et nous sommes appelés à y conformer notre vie par des œuvres de sainteté, mais nous n’avons rien à faire ou à souffrir, ni sur cette terre ni au ciel, pour compléter l’œuvre du Christ : il a déjà tout payé pour nous.
  3. La parole de Dieu nous donne un sens de l’urgence. Car c’est maintenant le moment d’accueillir le salut :

    Le voici, maintenant le moment favorable, le voici maintenant le jour du salut.

    2 Co 6, 2

    Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas votre coeur…

    Heb 3, 7-8

C’est vrai pour nous-mêmes, comme cela est vrai pour ceux qui nous entourent. L’urgence est d’accueillir notre salut puis de propager autour de nous ce message du salut parfait et gratuit en Christ.

 

Et vous ?

Avez-vous la conviction d’être mort par suite de vos fautes ?

Avez-vous l’assurance que si vous vous approchez du Christ dans la foi et la repentance, vous avez la vie éternelle ?

Saisissez-vous l’urgence que nous communique la parole de Dieu?

 


[1] Toutes les références tirées du Catéchisme de l’Eglise Catholique, dernière édition (1992), sont précédées du sigle CEC et du numéro du paragraphe.

[2] Traité du purgatoire, chapitre II.

[3] Extrait de ses sermons.